Un bref historique de l’Église Gnostique
Seconde partie
dimanche 16 novembre 2008, par Spartakus FreeMann
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Jean Bricaud, né le 11 février 1881 à Neuville sur Ain, a été élevé dans un séminaire catholique où il étudia pour devenir prêtre, mais il renonça à sa poursuite religieuse conventionnelle dès l’âge de 16 ans pour suivre la voie de l’occultisme mystique. Il s’impliqua dans divers mouvements chrétiens et rencontra Papus en 1899 pour entrer ensuite dans son Ordre Martiniste.

En 1907, sous les encouragements (si ce n’est sous la pression) de Papus, Bricaud rompit avec Fabre des Essarts (Synesius) pour fonder sa branche schismatique de l’Église Gnostique. Fugairon décida de rejoindre Bricaud. Bricaud publie cette année même son « Cathéchisme gnostique » à l’usage des fidèles de l’Église Catholique Gnostique, exposant la doctrine secrète du Christ, et très vite fonde sa revue « Le Réveil Gnostique », organe du catholicisme gnostique dont le numéro 1 verra le jour en mars 1907. Le motif de base à ce schisme semble avoir été de créer une branche de l’Église Gnostique dont les structures et la doctrine auraient été plus proches de l’Église Catholique Romaine que de l’Église Gnostique (par exemple, elle comprenait un ordre de prêtrise et un baptême) ; et qui aurait été plus liée à l’Ordre Martiniste.
Doinel était un Martiniste, Bricaud était un Martiniste, mais Fabre des Essarts ne l’était pas. Bricaud, Fugairon et Encausse, dans une première tentative, nommèrent leur branche de l’Église « l’Église Catholique Gnostique ». On l’annonça comme la fusion de trois églises « gnostiques » existantes en France : l’Église Gnostique de Doinel, l’Église Carmélite de Vintras et l’Église Johannite de Fabré-Palaprat.
En février 1908, le synode épiscopal de l’Église Catholique Gnostique se réunit et élit Bricaud comme Patriarche sous le nom de Jean II. Après 1907, afin de clairement distinguer les deux branches de l’Église Gnostique, celle de Fabre des Essarts fût connue sous le nom d’Église Gnostique de France.
Le 24 juin 1908, Encausse organisa la Conférence Maçonnique et Spiritualiste Internationale à Paris, au cours de laquelle il reçut, sans contrepartie en argent, une patente de Théodore Reuss (Merlin Peregrinus, 1855-1923), chef de l’Ordo Templi Orientis, pour établir un « Suprême Grand Conseil Général des Rites Unifiés de l’Ancienne et Primitive Maçonnerie pour le Grand Orient de France et ses dépendances ». Dans la même année, l’Église Catholique Gnostique voit son nom changer en Église Gnostique Universelle.
« L’Église Gnostique a pour but essentiel de restituer à l’humanité son unité religieuse primitive, c’est-à-dire, en lui faisant rejeter les erreurs d’où sont sorties les différentes religions, d’établir et de répandre une Religion conforme à la tradition universelle et par là véritablement catholique.
L’Église Gnostique prétend ne s’imposer aux consciences, ni par la force du pouvoir civil ou militaire, ni par de vaines menaces de châtiments d’outre-tombe, ni par de fallacieuses promesses de récompensés futures.
Basée, d’une part, sur la tradition universelle (de tous les peuples civilisés) et non pas seulement sur la tradition hébraïque de la bible, et, d’autre part sur la philosophie et la science moderne, ses vérités ne se présentent pas comme objets de foi, mais comme objets de démonstration philosophique et scientifique ; elle ne s’adresse qu’à la raison qui est la même chez tous les hommes.
L’Église Gnostique est large et tolérante. Elle respecte les coutumes et les lois de tous les peuples, ce qui lui permet d’admettre tous les hommes, de toutes nationalités, de toutes langues, de toutes races, nés et élevés dans n’importe quelle religion.
Elle recommande à ses adeptes que dans toutes les circonstances de la vie, ils se prêtent un mutuel appui et se traitent en frères.
L’Église Gnostique est divisée en deux sections la section exotérique et la section ésotérique.
Cette dernière a pour but de donner aux membres de la section exotérique l’Initiation gnostique.
Seuls les membres de la section exotérique peuvent y être reçus et à certaines conditions.
ADMISSION
Pour être reçu membre de l’Église Gnostique (section exotérique) il suffit d’en faire la demande à la direction du RÉVEIL GNOSTIQUE, 8, rue Bugeaud, à LYON.
Le droit d’entrée dans l’Église est de 5 francs.
La cotisation annuelle est de 6 francs et donne droit à recevoir gratuitement le Réveil Gnostique, organe de l’Église Gnostique Universelle. »
Joanny Bricaud
Le « Réveil gnostique » paraissait tous les deux mois. C’est dans sa revue qu’il donne une version assez étonnante quant à l’originalité de son Église : « Nous devons dire aussi que nous ne sommes en aucune façon le successeur de S.G. Doinel qui sous le nom mystique de Valentin II tenta de rénover une Église gnostique Néo-valentinienne. Nous n’avons jamais connu le patriarche Valentin II. Sa tentative de rénovation Valentinienne ne donna pas de résultat pratique et fut en grande partie désorganisée par suite de sa conversion à l’Église romaine... Quant à l’Église Gnostique Universelle (catholique gnostique), qui date de trois ans à peine, elle n’a par conséquent jamais eu aucun rapport avec l’ancienne Église Néo-Valentinienne. » Voilà donc, prenons acte, l’Église de Bricaud est originale et se démarque ainsi de Doinel et de sa filiation spirite.
Le but essentiel de l’Église Gnostique Universelle vise à restituer, selon Bricaud, à l’humanité son unité religieuse primitive en lui faisant rejeter les erreurs dont sont issues les diverses religions.
La profession de foi des membres du Haut Synode de l’Église Gnostique Universelle s’exprime ainsi :
1 - Nous croyons au divin Proarché et Propator éternel, être infini et tout puissant, passé de la puissance à l’acte en un être parfait, Dieu un et triple ;
2 - En un premier tridyname le Père, suscitateur et attracteur de tous les êtres visibles et invisibles ;
3 - En un second tridyname le Fils, logos divin manifesté par Christos, lumière intellectuelle et physique, vrai Dieu comme le Père et consubstantiel à lui, sans qui aucune chose n ’a été faite ;
4 - Qui s’est concentré sur la terre dans la personne de Jésus, esprit supérieur descendu ici-bas pour nous, où il s’est uni à une âme et un corps semblables aux nôtres, dans le sein de Marie ;
5 - Qui s’est manifesté en Jésus depuis le moment de son baptême jusqu’au moment de sa passion ;
6 - Qui nous a parlé par sa bouche et nous a enseigné la gnose et la vie sainte, afin de nous délivrer de l’esclavage du Démiurge et de son Archon terrestre, et ainsi de permettre notre retour au monde pneumatique notre patrie, comme lui même y est retourné après sa mort.
7 - Nous croyons en un troisième tridyname l’Amour qui procède du Père parallèlement au Fils et se manifeste par pneuma-agion (l’Esprit-Saint) ;
8 - Qui donne l’amour avec la vie, qui nous met sur la voie de la vérité et de la sainteté, qui unifie tous les êtres, et qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils ;
9 - Nous croyons en un univers pneumatique, Église immense des esprits, aussi ancienne que Dieu lui-même et antérieure à l’univers hylique, mais dont une colonie est venue habiter la périsphère de notre globe et d’où sont descendus les hommes en tant qu’esprits ;
10 - Nous confessons les deux baptêmes et les trois autres mystères pour la purification et la transmutation de l’homme ;
11 - Nous attendons sur terre l’établissement du royaume du ciel et le rétablissement de l’homme dans son état primitif ;
12 - Et, à la fin, la réapparition des morts avec Jésus, chef de l’Église terrestre ; l’ascension et la réintégration de cette assemblée dans le ciel ; la dissolution des esprits réfractaires à toute conversion, en même temps que la dissolution de l’univers hylique, œuvre du Démiurge.
Plus ou moins 4 ans plus tard, deux documents importants furent publiés : le Manifeste de la M.M.M. (section britannique de l’O.T.O.), qui incluait l’Église Catholique Gnostique dans la liste des organisations dont la sagesse et les connaissances sont concentrées au sein de l’O.T.O. ; et l’Édition du Jubilée de l’Oriflamme, l’organe officiel de l’O.T.O. de Reuss, qui annonça que « l’Initiation », le journal d’Encausse, était à présent l’organe officiel pour les Rites de Memphis-Misraïm et de l’O.T.O. en France.
Les détails précis de la transaction de la conférence de Paris de 1908 sont inconnus, mais en se basant sur le cours des événements qui suivirent, la conclusion logique est qu’Encausse et Reuss s’engagèrent dans un échange fraternel d’autorités : Reuss recevant l’autorité primatiale et épiscopale dans l’Église Catholique Gnostique et Encausse recevant l’autorité dans les Rites de Memphis-Misraïm.
En 1911, Bricaud, Fugairon et Encausse déclarèrent que l’Église Gnostique Universelle est l’Église officielle du Martinisme. Cette même année, Bricaud était initié au Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm, et était signé entre le suprême Conseil de l’Ordre Martiniste de Papus et le Suprême Conseil du Haut Synode de l’Église Gnostique Universelle un traité d’alliance entre les deux puissances.
Après la mort de Fabre des Essarts en 1917, le Patriarcat de l’Église Gnostique sera assumé par Léon Champrenaud (Tau Théophane). Champrenaud sera suivi par Patrice Genty en 1921 qui mettra l’Église Gnostique de France en sommeil en 1926 en faveur de l’Église Gnostique Universelle de Jean Bricaud.
Quand Bricaud meurt, le 21 février 1934, Constant Chevillon (1880-1944) prend sa succession au sein des organisations suivantes :
1 S.O.I. ou Société Occulte Internationale (Collège d’Occultisme)
2 L’ÉGLISE GNOSTIQUE UNIVERSELLE
3 ORDRE DES CHEVALIERS MACONS ELUS COHEN DE L’UNIVERS
4 RITE ANCIEN ET PRIMITIF DE MEMPHIS MISRAIM
5 ORDRE DU SAINT GRAAL
6 ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE CROIX GNOSTIQUE
7 ORDO TEMPLI ORIENTIS pour la France.
Constant Chevillon devint le patriarche de l’E.G.U. sous le nom de « Tau Harmonius » (« Patriarche néo-gnostique Tau Harmonius »). Chevillon sera assassiné par la milice en mars 1944.
Ligne de la succession de l’E.G.U. :
• 1907-1916, Jean Bricaud (Tau Jean II)
• 1934-1944, Constant Chevillon ( 1870-1944, Tau Harmonius) Antoine Fayolle, consécrateur de Dupont – 15 avril 1948.
• 1944 ? 1948 ?-1960, Charles-Henri Dupont (1877-1961, Tau Charles-Henri)
• 1960, Robert Ambelain (1907-1997, Tau Jean III) ; Ambelain change alors le nom d’« Église Gnostique Universelle » en « Église Gnostique Apostolique ». En fait, Ambelain fera plus que ça car ce fut une véritable mise en sommeil de l’E.G.U. au profit de sa propre organisation gnostique. À partir de cette date, l’histoire de l’E.G.U. se confond alors avec celle des Églises apostoliques dont nous parlerons dans le prochain chapitre.
Spartakus freeMann, nadir de Libertalia, juillet 2008 e.v.

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