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Liber 1004 Dionysos vel Sabao

Un Appel & une offrande au Grand Dieu de la Folie & de la Sagesse.

jeudi 25 octobre 2007, par Spartakus FreeMann

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« Ekô » voilà quel aurait pu être le titre de ce travail. « Je viens », en effet, est ce cri du Dieu poussé dans les sombres plaines herbeuses de notre modernité sans âme. Nous avons voulu, il y a un an de cela, œuvrer au retour du « Fou » en pratiquant un rituel moderne aux Ménades. À cette époque, Dionysos n’était pour nous que le fantasme aviné tel que répercuté par notre société en perte de sens. Nous avons découvert peu à peu un visage différent, & cependant toujours identique, d’un Dieu « oublié » & « non-reconnu » pour ce qu’il peut apporter à celles & à ceux qui, cherchant un nouveau contact avec le monde subtil, veulent se défaire de la foi perfide, qui fait se battre les frères contre les frères, & qui désirent retrouver un rythme sacré dans une vie parfois mécanisée & instrumentalisée à l’extrême.

Dionysos est celui qui apporte la catharsis par le jeu du miroir : après avoir montré à Penthée le miroir1 obscène, le Dieu invite le roi à voir « les légendes passées et futures de Dionysos », le Dieu étant un archétype de notre Moi, il nous invite donc à scruter en nous-même les écueils de notre propre psyché au travers d’un drame catharsique, une purification que le Dieu provoquait déjà, selon Aristote, par ses rituels dans la cité. Rituels qui avaient pour but d’exorciser les poisons & miasmes de l’année afin que la renaissance puisse avoir lieu. C’est pourquoi, il nous semblait bon de proposer ici quelques rituels qui pourraient être utilisés par le lecteur afin d’opérer cette catharsis qui, loin de tout jugement moral ou philosophique, doit nous aider à nous débarrasser des scories du passé afin de renaître sans cesse à neuf. Il s’agira de vivre ces rituels comme de véritables tragédies grecques, de véritables réalités ontologiques et intimes. Le culte de Dionysos engendrait des états de transe et de possession extatique qui déclenchaient la libération violente des forces de l’âme humaine. Et ce n’est qu’en faisant face à ces forces que l’on pourra savoir qui l’on est...

Ce travail se veut aussi – ô futile espoir ! – manifeste pour la thiase renée d’Ara-Lunae & pour tous les dionysiens répandus sur la surface de cette terre. La thiase ne professe aucune croyance collective mais promeut une culture dionysiaque commune, librement interprétée dans le respect & la défense de la liberté individuelle absolue. La thiase est donc le moyen & le matériel d’un projet païen contre-culturel & libertaire. La thiase se dédié à la préservation & à la propagation des anciens Arcanes des Mystères de Dionysos tout en les remodelant & en les adaptant à notre époque contemporaine.

Les Mystères Dionysiens encouragent la réintégration de l’homme & de la nature dans une optique de dépassement des masques de la culture, des habitudes, du consensus, de l’ego & des genres. Dionysos est le Dieu de l’intoxication – ou plutôt de l’enthousiasme – du plaisir, de la transe & des états extatiques de la conscience ; il est le chamane divin qui permet la libération & l’expansion de la conscience par tous les moyens. Il est « l’Un & le Multiple » ou « l’Unité dans la Diversité », il est le dieu unique dans la diversité manifestée & il est l’univers pluriel dans l’individualité. L’archétype de ces Mystères donc est l’homme-dieu Dionysos, métaphore mythologique des aspects les plus profonds de notre propre être, une vision anthropomorphique de la nature, un Dieu sauvage de l’ambiguïté qui est au-delà de toute dualité : mortel & immortel, animal & humain, vive & mort, lumière & ténèbres, mâle & femelle, bien & mal ; il manifeste tous les extrêmes tout en les dépassant tous.

Le Culte de Dionysos est religion au sens premier du terme, cependant, nous déployons les rites de Dionysos dans un sens d’une éthique amorale base de la liberté naturelle & de la transgression des normes sociales. En ce sens, le caractère religieux de la thiase se retrouve plus dans la dévotion à la divinité, qui est alors perçue comme un miroir du « Moi » de l’adepte, dans le cadre d’une exploration des royaumes invisibles du monde transcendental. La spiritualité dionysiaque est préoccupée par le monde d’ici & de maintenant & ne professe donc aucune eschatologie particulière ou aucune rétribution ou punition dans le monde de l’Hadès.

Les Mystères de Dionysos étaient répandus dans toutes les classes sociales, il était adoré par les rois & par les esclaves, dont le plus connus parmi ces derniers fut la gladiateur thrace Spartacus qui ébranla Rome au premier siècle avant notre ère.

Nous aimerions que le lecteur perçoive ce travail comme une boîte à outil qu’il pourra utiliser afin de se recréer lui-même, seul ou en groupe, des rites & rituels dionysiaques. Nous avons, en ce sens, placé ici une liste des attributs & des noms de Dionysos ainsi qu’un recueil d’Oraisons.

Bromios Nyktipolos Sôter

ÉPIDÉMIE

Levez-vous et une large place
Laissez au dieu :
Car il veut, ce dieu, droit et prêt à éjaculer,
S’avancer parmi vous.
Pour toi, Bacchus, nous agrémentons cette musique,
Versant sur cette mesure simple une mélodie variée ;
Musique nouvelle et non déflorée, sans qu’aux airs d’autrefois
Nous ayons eu recours, mais absolument pur
Est l’hymne que nous entamons.

Le Dieu.

À l’âge de l’adolescence de l’Humanité, lorsque les hommes commencèrent à s’assagir, un Dieu Fou & Épidémique continuait encore à perturber la Cité ordonnée & à battre la campagne avec ses disciples. Ce Dieu est un dieu de « nulle part et de partout », un vagabond parfois sédentarisé, figure emblématique de l’Autre, de l’Étranger, de ce qui est différent, déroutant, anomique, fou ou délirant. Ce Dieu est, sans doute, l’un des dieux les plus importants de la Grèce, du Proche-Orient hellénique et de l’Italie. Son nom le plus ancien est Dionysos2 que lui donnent Homère et Hésiode3.

Dans la mythologie grecque, Dionysos est le dieu des jonctions des opposés et des ambiguïtés : mort-vie, homme-femme, nuit-jour, ombre-lumière, sagesse-folie. Dieu de la vigne, du vin et de ses excès, du lierre soporifique, dieu souterrain, dieu solaire, dieu étranger, barbare, dieu grec… « Dionysos suscite donc, dans le même temps, incompréhension et adhésion, folie et sagesse, chaos et sens... le dieu masqué cache en lui-même la clé de son énigme »4.

Dionysos symbolise la rupture des inhibitions, des répressions, des refoulements : « il symbolise les forces obscures qui surgissent de l’inconscient ; il est le dieu qui préside aux déchaînements que provoque l’ivresse, celle qui s’empare des buveurs, celle qui saisit les foules entraînées par la musique et la par la danse, celle même de la folie, qu’il inspire à ceux qui ne l’ont pas honoré comme il convient. Il apporte aux hommes les présents de la nature et surtout ceux de la vigne. Il est le dieu aux formes multiples, le créateur d’illusions, l’auteur de miracles »5. Dionysos est le Dieu multiforme, aux noms innombrables, et dans les Bacchantes d’Euripide ne dit-il pas « J’ai changé ma forme pour prendre la nature d’un homme ».

Comme l’écrit Marcel Detienne6, Dionysos est un dieu épidémique7, qui répand la folie et la fureur comme une épidémie. Ainsi, la mania qui s’empare des fidèles de Dionysos est une forme de don pour fêter l’arrivée de ce dieu itinérant, à ce dieu migrateur. Dionysos est le « dieu qui vient », il apparaît, il se manifeste, il réside un temps parmi ses fidèles. Il se fait reconnaître, organise l’orgie. Dans ses manifestations, dans ses épiphanies, Dionysos est la plus « épidémique » de tous les dieux, par ses changements et ses mouvements perpétuels. « Eko », « j’arrive », tel est le cri de Dionysos et le premier mot de la tragédie d’Euripide. Dionysos est une béance du temps, il « engendre une rupture radicale dans la temporalité et dans le mode de penser la relation du sujet à cette temporalité »8.

Isacius dit que les Anciens pensaient que Dionysos était jeune & vieux en même temps ; Euripide l’appelait , comme ayant un air efféminé. C’est pourquoi il est ordinairement représenté en jeune-homme, sans barbe, quoiqu’il y ait aussi le Dionysos barbu ; on te trouve même quelquefois sous la figure d’un Vieillard.

Lorsque les Romains l’adoptèrent dans leur panthéon, ils l’appelèrent Bacchus, nom que les Grecs lui donnaient déjà depuis le Ve siècle9.

Lenormant nous offre d’ailleurs cette explication quant à l’origine et à l’utilisation du nom Bacchus : « À cause de la nature même du culte dionysiaque et de ses fêtes ils attachèrent ensuite au nom de Bacchus une idée d’inspiration divine et de fureur orgiastique, ainsi que de purification, qui a donné naissance au verbe bakceuein et à l’emploi du mot bakcos dans le sens d’inspiré, saisi de transport bacchique. De là la substitution à Bacchus, pour le nom du dieu, des formes Baccheus, Baccheius qui ont revêtu l’aspect de dérivés de bakceuein. »

Certains mythographes, en particulier Langlois10, ont tenté de faire un rapprochement entre le Dionysos des Grecs et le Soma des Indiens. Le dieu grec ne serait autre que celui de l’Inde, un des plus anciennement adorés par les populations indo-européennes ; les tribus demi-barbares qui en répandirent le culte dans la péninsule hellénique, n’auraient fait que ramener les tribus plus civilisées à une tradition antique et Dionysos, qui est en apparence le plus jeune des dieux grecs, serait en réalité un des plus anciens. On a développé cette démonstration par la comparaison des deux légendes. Dionysos, dit-on, est, dans la mythologie grecque, avant tout le dieu du vin, une personnification de la liqueur.

En Inde, Soma est une personnification de la liqueur extraite de l’Asclepias acida ou Sarcostemma viminalis qui sert à faire des libations aux dieux ; les Indo-européens de l’Asie Mineure ont transporté au vin les vertus du Soma. Maury fait les remarques suivantes :

« Une tradition indienne dit que le Soma a été reçu dans la cuisse d’lndra ; et la même fable était racontée par les Grecs sur Dionysos. Le dieu védique est surnommé GiriSchthâh, c’est-à-dire celui qui se tient dans les montagnes, et ce surnom répond tout à fait à celui d’Oreios donné à Dionysos. La génération miraculeuse du dieu de Nysa, arraché par son divin père au sein de sa mère foudroyée, est aussi une idée puisée à la source indienne. Le Soma, autrement dit la libation personnifiée, naît du manthanam, c’est-à-dire de la production du feu divin. Il est tiré de la flamme du sacrifice et ensuite transporté dans les cieux par les invocations des prêtres. Cette double naissance a valu à la divinité védique le surnom de Dwidjanman (né deux fois ou né sous deux formes) qui correspond exactement à ceux de Dithyrambe, Dimétor, que sa double naissance avait valus à Dionysos. »

On constate enfin que le côté mystique du dieu védique et du dieu grec sont comparables. Dionysos, en Crète d’abord, se confond avec Varuna11, le Soleil de nuit, et devient un dieu des morts. Soma, dans les Védas, subit une passion, meurt et ressuscite plus puissant, car c’est en broyant la plante qu’on extrait le jus sacré et vivifiant. On retrouve une idée analogue dans la légende thébaine. Dans les Védas, également, « le soma a été apporté aux hommes par l’aigle, oiseau solaire. Liqueur mâle par excellence »12.

Ainsi, dans les mythes du « Barattage de la Mer de Lait », les « asura13 » seraient ceux qui n’ont pas consommé le vin tandis que les « déva14 » seraient ceux qui acceptèrent de le boire.

Dionysos finira également par inspirer les hermétistes et alchimistes. Ainsi, Dom Pernety nous dit à son sujet « Bacchus eut deux mères, Sémélé & Jupiter, & suivant Raymond Lulle (Theor. Testam. c. 46.), l’enfant Philosophique a deux pères & deux mères : il a été, dit-il, tiré du feu avec beaucoup de soins, & il ne saurait mourir en effet Jupiter porta ce feu en rendant visite à Sémélé, ce feu des Philosophes, dont parle Riplée (12. Portes.), qui allumé dans le vase, brûle avec plus de force & d’activité que le feu commun. Ce feu tire l’embryon des Sages du ventre de sa mère, & le transporte, dans la cuisse de Jupiter jusqu’à sa maturité ; alors cet enfant Philosophique, formé dans le ventre de sa mère par la présente de Jupiter, & élevé par ses soins, se montre au Jour avec un visage blanc comme la Lune, & d’une beauté surprenante (Arcan. Hermet. Can. 78.) » (Dom Pernety – Fables Égyptiennes et Grecques). Et nous ne pouvons résister à citer Agmon (Cod. Veritatis feu Turba.) : « Il est sans barbe, & en même temps barbu ; il a des ailes, & vole ; il n’a point d’ailes, & ne vole pas : si vous l’appelez eau, vous dites vrai ; si vous dites qu’il n’est pas eau, vous le dites avec raison ».

Dieu double donc, insaisissable, et cela explique sans doute cette quasi-impossibilité que rencontrent les mythographes à déterminer avec précision son origine exacte. Certains le pensent jeunes, création tardive des philosophes, d’autres le voient comme un vieux dieu qui se serait fondu dans l’image de dieux locaux afin de produire, petit à petit, par métamorphose une nouvelle renaissance. Cela cadrerait bien à notre « personnage », un deux fois né – et peut-être plus, qui sait ? - vieux mais jeune, sans cesse en mouvement mais toujours chez lui.

Les divers noms ou avatars de Dionysos sont perturbants, ainsi, Cicéron distingue cinq Bacchus : celui de Thèbes, celui de Cithéron, celui de Crète (Zagreus), celui d’Égypte (Osiris), celui de Phrygie ; Diodore en reconnaît trois : celui de l’Inde, celui de Crète, celui de Thèbes. Nonnus fait de Bacchus le fils du Dionysos thébain. Quant à nous, nous allons nous contenter d’essayer de définir les traits caractéristiques des principaux « Dionysos » de l’Antiquité15.

Pour lire la suite de l’ouvrage :

PDF - 1.1 Mo
Liber 1004 Dionysos vel Sabao
Texte complet de 88 pages.

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1 Message

  • Liber 1004 Dionysos vel Sabao

    13 novembre 2007 14:45, par eleutherios

    Echo d’un travail passé, j’ai pris en garde et en regard quelques-unes de tes lignes... en attente d’y revenir. Que tu sois esclave révolté, fidèle dionysien ou en troisième voie, puisse-tu préserver ta liberté d’écrire et le souffle guidant ton inspiration

    La nuit efface les traces... hormis pour les inspirés du dieu, dont le chemin débute à peine. Bonne route

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