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Moorish Tag Day Update

Traduction française par Spartakus FreeMann

mardi 11 décembre 2001, par Hakim Bey

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Le Manifeste de la « Ligue de l’Épine Noire » est essentiellement une méditation sur les mystérieux enseignements de Noble Drew Ali au sujet de l’Irlande en tant « qu’ancienne région de l’Empire Maure » ; du bannissement des serpents par Saint Patrick comme n’étant qu’un masque à l’expulsion des Maures Irlandais ; et des Celtes comme représentants de la « race Asiatique ». Depuis la rédaction de ce texte, nous avons découvert une vaste quantité de matériaux liés à cette légende, bien que nous ne sachions toujours pas comment Noble Drew en prit connaissance — une révélation ? Peut-être, mais nous avons l’intime conviction aujourd’hui que la légende elle-même est beaucoup plus ancienne que ce qu’en rapporte Drew Ali, et nous suspectons qu’il la connut de sources authentiquement « populaires ». Des communautés mixtes afro-irlandaises sont beaucoup plus communes dans le « Nouveau » Monde que nous le pensions ou que nous nous attendions à en trouver — pour donner deux exemples : les Irlandais Noirs de la Jamaïque (descendants des serfs de Cromwell qui se mélangèrent avec des groupes d’esclaves et de « marons » de la Barbades et de la Jamaïque ; et le Village de Seneca, une colonie de squatters — irlandais, noirs et indiens — qui fut expulsée avec force de la région de Manhattan maintenant occupée par Central Park. L’histoire des Émeutes du Jour de la St Patrick à New York en 1741 peut avoir survécu dans certaines communautés comme légende de liens afro-irlandais. Mais cette histoire remonte encore plus loin, bien plus loin, — incroyablement loin.

Notre premier éclaircissement — la première indication quant à une école entièrement dédiée à la question Irlandaise/Maure — vint de l’achat d’un livre à Dublin d’un journaliste irlandais nommé Bob Quinn (Atlantean : Ireland’s North African & Maritime Heritage, Quartet Books, London/NY, 1986). Nous espérons pouvoir rencontrer Quinn cette année lors de notre prochaine visite en Irlande. Son livre n’est pas académique, mais n’en reste pas moins merveilleusement enthousiasmant. Presque chaque chapitre jette une lumière sur ce que nous sommes arrivés à concevoir aujourd’hui comme la Quête. Il est impossible d’être plus précis.

En mettant de côté tout le matériel que Quinn a collecté quant à, disons, l’influence Égyptienne sur l’église primitive Celtique — ou sur les connexions maritimes hispano-mauro-irlandaises — ou sur les Pirates Barbaresques (Quinn passe à côté du fait que les pirates irlandais se sont convertis à l’Islam et prirent part à la République de Sallee, une utopie corsaire marocaine) — en d’autres mots, si l’on écarte la sphère historique, nous arrivons au coeur de l’hypothèse de Quinn : les « Irlandais » et les « Maures » sont en réalité le même peuple (il ne le dit jamais directement, mais c’est clairement ce qu’il pense). Mais la question n’en reste pas moins posée : qui sont-ils ?

Le premier indice donné par Quinn est la musique — l’étrange similitude entre la musique marocaine berbère et le « seannos » irlandais ou le style de chant. Nous explorons ce domaine dans notre show radiophonique, le Moorish Orthodox Radio Crusade, en diffusant de la musique folk choisie par Sean O’Riada (le dernier grand compositeur irlandais) et en la comparant avec la Gnaoua, le Jajuka, et autres formes musicales berbères et marocaines du Haut Atlas. Les similitudes sont réellement étonnantes. Mais encore plus étonnant (comment Quinn a-t-il pu rater cela ?) : l’Irlande et le Maroc sont les seules régions à avoir des échelles « pentatoniques » à l’ouest de la Chine et de Java !!

Le second indice donné par Quinn est la langue. Un certain nombre de linguistes et de philologues, allant de Morris Jones au début du siècle à Heinrich Wagner (in The Celtic Consciousness, NY 1981), ont essayé de cerner les sous-structures préceltiques de l’irlandais. Ceci serait trop compliqué à expliquer ici. Le résultat ? Des liens entre l’irlandais, le berbère et l’ancien égyptien ! (désolé pour ces exclamations, mais je n’y puis rien !) Cette école de pensée est conspuée par les hautes autorités académiques — mais elle demeure malgré tout. Ce n’est pas une simple fantaisie non plus (non que nous ayons quelque chose contre les fantaisies) — mais pour autant que je puisse en juger, c’est certes audacieux, mais indubitablement « scientifique ».

Le troisième indice vient des Mégalithes. Jusqu’à cette époque de ma vie, j’ai résisté à la « mégalithomania » (comme John Michell l’appelle) mais ici j’ai bien peur d’y avoir succombé. J’ai lu une vingtaine de livres sur le sujet, et je suis en train de développer ma propre... théorie extravagante. Quinn suggère (tout comme le savant du début du siècle, T.W. Rolleston, in Celtic Myths and Legends, 1917) que les populations pré-celtiques d’Irlande et du reste du monde atlantique insulaire ou côtier, le peuple qui érigea les mégalithes, ne furent pas exterminés mais absorbés par les Celtes, qui préservèrent l’héritage « mégalithique » du folklore ainsi que de la musique et de la langue ; que ces peuples sont même mieux représentés dans le monde moderne par les Berbères (qui n’ont pas été absorbés par les arabes). Quinn & Rolleston vont jusqu’à imaginer que le « mégalithisme » prit naissance au Maroc et que les proto-Berbères (comme dans Ibères et Hibernes, les noms classiques pour les aborigènes pré-aryens d’Espagne et d’Irlande) furent en fait les « Missionnaires Mégalithiques » imaginés par certains archéologues.

Quinn se plaint avec raison que les « mégalithologues » académiques n’envisagent jamais l’Afrique du Nord, mais elle est indubitablement couverte de menhirs — et j’ai tout de suite remarqué le caractère eurocentriste de la majeure partie de leur travail. La politique derrière tout ceci est très complexe. On a l’habitude de croire que les mégalithes sont celtiques (« druidiques ») d’origine, et que ces peuples étaient blancs, lointains échos de la Crète, de la Grèce, de l’Égypte, des grandes civilisations Néolithiques du Proche-Orient. Gordon Childe, par exemple, croyait que les « Missionnaires Mégalithiques » étaient grecs ou égyptiens. Très récemment cependant, la datation au carbone 14 a fait voler en éclats la théorie de la « diffusion proche-orientale ». Les plus récents mégalithes sont plus vieux que les pyramides — aussi vieilles que Jéricho ou Catal Huyuk.

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