CHAPITRE XVIII

 

DE LA "VOYANCE" ET DU CORPS DE LUMIÈRE.

SON POUVOIR ET SON DÉVELOPPEMENT.

AUSSI AU SUJET DE LA DIVINATION.

 

I

 

Dedans le corps humain se trouve circonscrit un autre corps à peu près de mêmes forme et volume (1) ; mais constitué d’une matière plus subtile et moins illusoire. Il n'est pas, bien entendu, "réel" ; mais l'autre corps non plus! Avant d'aborder le thème de la voyance, nous devons brièvement traiter la question de la réalité, car le malentendu à ce sujet a généré des troubles sans fin.

Il y a cette histoire de l'Américain qui aperçoit dans le train un autre Américain transportant un panier de forme insolite. Poussé par la curiosité, il se penche vers lui et interroge : "Dites, étranger, que trimballez-vous là-dedans ?". L'autre, un taciturne aux joues creuses, réplique : "Une mangouste". Le premier homme s'en trouve plutôt déconcerté, n'ayant jamais entendu parler de mangoustes. Après une pause, il poursuit au risque d'une rebuffade : "Mais, dites-moi, qu'est-ce qu'une Mangouste ? ". "La Mangouste se nourrit de serpents " rétorque

l'autre. Une autre pause, puis : "Mais que diable voulez-vous faire d'une Mangouste ?". "Hé bien, voyez-vous," répond le deuxième homme (sur le ton de la confidence), "mon frère voit des serpents". Le premier est plus ébahi que jamais ; pourtant, après une longue réflexion, il reprend d'un ton plutôt pathétique : "Mais, dites-moi, il ne s'agit pas de serpents réels ?". "Certes," réplique l'homme au panier, "mais cette Mangouste ne l'est pas non plus".

C'est une parfaite parabole de la Magick. Une chose telle que la vérité n’existe pas dans l’univers cognoscible ; toute idée se révèle à l’analyse contenir une contradiction. Il est tout à fait inutile (sauf comme expédient temporaire) d'ériger une catégorie d'idées contre une autre en la présentant comme "plus réelle". L'avancée de l'homme vers Dieu n'est pas nécessairement une marche vers la vérité. Tous les systèmes philosophiques se sont effondrés. Ceci dit, chaque catégorie d'idées recèle de véritables relations à l'intérieur d'elle-même. Il est possible, avec Berkeley (2), de dénier l'existence de l'eau et du bois ; mais cela n'empêchera pas pour autant le bois de flotter sur l'eau. Le Magicien devient identique à l'immortel Osiris et cependant le Magicien meurt. Dans ce dilemme, les faits doivent être reformulés. Il vaudrait mieux dire que le Magicien devient conscient de cette partie de lui-même qu'il nomme l'immortel Osiris, et que Cette Partie ne "meurt" point.

Or, ce corps intérieur du Magicien dont nous parlions au début de ce chapitre, existe et peut exercer certains pouvoirs inaccessibles à son corps physique. Il peut, par exemple, passer au travers de la "matière" et se mouvoir librement dans toutes les directions de l'espace. Mais cela est possible du fait que la "matière", au sens où nous l'entendons communément, se situe sur un autre plan (3).

Or, ce corps subtil perçoit un univers que nous ne percevons pas d’ordinaire. Il ne perçoit pas nécessairement l'univers que nous percevons normalement, et bien qu’avec ce corps je puisse traverser le plafond, il ne s'ensuit pas que je sois capable de dire quel temps il fait. Peut-être le pourrais-je, peut-être ne le pourrais-je pas, mais si je n'y réussis pas, cela ne prouve en rien que je me sois trompé en croyant avoir traversé le toit. Ce corps, nommé par divers auteurs double astral, corps de lumière, corps de feu, corps de désir, corps subtil, scin-laeca, également affublé d’innombrables autres noms, est naturellement capable de percevoir des objets appartenant à la même catégorie - en particulier les spectres du plan Astral.

Il existe une sorte de relation vague et indéterminée entre les Choses Matérielles et les Astrales ; et il est possible, avec une grande expérience, de tirer des conclusions au sujet de choses matérielles à partir de l'aspect astral qu'elles présentent aux yeux du Corps de Lumière (4). Ce plan astral est si inconstant et versatile que plusieurs voyants observant la même chose pourront fournir des récits totalement différents de ce qu'ils ont vu ; et malgré tout chacun d'entre eux sera en mesure de faire des déductions correctes. Regardant un homme, le premier voyant pourra dire : "Les lignes d'énergie sont toutes affaissées" ; le second : "Ça semble tout sale et couvert de taches" ; un troisième : "Cette Aura est en lambeaux". Ceci dit, ils s'accorderont tous sur le fait que l'homme est en mauvaise santé. Dans tous les cas, pareilles déductions sont plutôt sujettes à caution. Il convient d'être très expérimenté avant de pouvoir se permettre d'avoir confiance en ses propres visions. Beaucoup de gens se croient extrêmement forts à ce jeu, alors qu'en réalité ils n'ont fait que tomber juste de temps en temps (ce dont évidemment ils se souviennent) sur quelques centaines d'échecs oubliés.

L'unique manière d'éprouver la voyance est de garder une soigneuse consignation de chaque expérience réalisée. Par exemple, FRATER O.M. (5) donna un jour à un voyant un gilet à psychométriser. Ce dernier fit 56 affirmations quant à son propriétaire ; 4 étaient remarquablement justes ; 17, bien qu'exactes, rentraient dans cette catégorie d'affirmations qui sont vraies de presque tout le monde. Le reste était erroné. Il en fut conclu que cela ne mettait pas en évidence un pouvoir spécial. De fait, ses yeux corporels - en admettant qu'il eût été à même de juger d'après l'ouvrage du tailleur - l'auraient mieux servi car il croyait que le propriétaire du gilet était un marchand de blé au lieu d'un comte, ce qu'il est.

Le Magicien peut difficilement faire trop d’efforts pour développer ce pouvoir en lui-même. Il lui sera extrêmement utile pour se protéger des attaques ; pour obtenir des avis, pour juger les individus, et surtout pour surveiller le déroulement de ses Cérémonies.

Beaucoup de moyens existent qui permettent d'acquérir ce pouvoir. En essayant de voir dans une boule de cristal, ou dans une flaque d'encre au creux de la main, ou dans un miroir, ou dans une tasse de thé. De même qu'avec un microscope le spécialiste garde les deux yeux ouverts, bien que ne voyant que par celui apposé à l'oculaire de l'instrument, ainsi les yeux naturels, cessant de transmettre des messages au cerveau, font que l'attention s'en trouve détournée, et l'homme commence à voir par ses yeux Astraux.

Ces méthodes semblent insatisfaisantes au MAÎTRE THERION. Très souvent, elles ne marchent pas du tout. Il est difficile d'apprendre à une personne à les utiliser; et le pire de tout, elles sont purement passives! Vous ne pouvez voir que ce que l'on vous montre, et les choses qui vous sont montrées sont probablement parfaitement inutiles et hors de propos.

La méthode adéquate est la suivante : Développez votre Corps de Lumière jusqu’à ce qu’il vous devienne aussi réel que l’autre, apprenez-lui à voyager jusqu’à n’importe quel symbole souhaité, et rendez-le capable de réaliser tous les Rites et Invocations nécessaires. Bref, éduquez-le. Pour tout dire, la relation de ce corps avec le vôtre doit être excessivement intime mais avant que cette harmonisation prenne place, vous devrez commencer par une soigneuse différenciation. La première chose à faire est donc d'extraire ce corps hors du vôtre. Afin d'éviter la confusion des deux, vous commencez par imaginer une forme vous ressemblant, debout devant vous. Ne dites pas : "Oh, ce n'est que mon imagination!". Le temps de la vérification viendra plus tard, lorsque vous aurez obtenu une image mentale parfaitement nette d'un tel corps. Tentez d'imaginer de quoi votre propre corps aurait l'air si vous le regardiez via les yeux de l'autre ; tentez de transférer votre conscience dans le Corps de Lumière. Votre propre corps a les yeux fermés. Employez les yeux du Corps de Lumière pour décrire les objets dans la pièce derrière vous. Ne vous dites pas : "Ce n'est qu'un effort de mémoire subconsciente" - le temps de la vérification viendra plus tard.

Dès que vous vous sentirez plus ou moins à l'aise dans votre corps subtil, faites-le s'élever dans les airs. Entretenez ce sentiment d'ascension ; continuez jusqu'à voir des paysages ou des entités du plan astral. Ils occupent un rang qui leur est propre. Ils ne sont pas comme les choses matérielles - pas comme les images mentales - ils semblent résider entre les deux.

Après qu’un certain entraînement vous ait rendu habile au point qu'au cours d'une heure de voyage vous puissiez compter sur un vécu suffisamment mouvementé, tentez d’atteindre un endroit défini sur le plan astral ; par exemple invoquez Mercure et étudiez soigneusement votre compte rendu de la vision obtenue - découvrez si les symboles que vous avez vus correspondent aux symboles traditionnels de Mercure.

Cette mise à l’épreuve des esprits est la branche la plus importante de tout l’arbre de la Magick. Sans elle, on se retrouve perdu dans la jungle des illusions. Chaque esprit, jusqu’à Dieu lui-même, est prêt à vous tromper si possible, à se présenter comme plus important qu’il ne l’est ; bref, à tendre un guet-apens à votre âme de 333 manières différentes. Souvenez-vous qu’après tout le plus grand de tous les Dieux n’est que le Magus (6), Mayan, le plus puissant de tous les démons.

Vous pouvez aussi tenter de vous "élever sur les plans" (7). Avec un peu de pratique, surtout si vous avez un bon gourou, vous devriez devenir capable de prendre possession de votre corps astral et de le quitter comme vous le feriez d'une robe de chambre. Il ne vous sera bientôt plus nécessaire de projeter votre corps astral au loin - sans bouger d'un centimètre, vous deviendrez capable de "mettre en marche" ses yeux et oreilles - aussi simplement que l'homme au microscope (cité plus haut) peut transférer son entière attention d'un œil à l'autre.

Ceci dit, aussi infructueuse votre sortie du corps ait-elle pu vous paraître, il est absolument nécessaire de faire tous les efforts pour le réintégrer convenablement. Faites coïncider dans l’espace le Corps de Lumière avec le corps physique, assumez la Forme Divine, et vibrez le nom d’Harpocrate avec la plus grande énergie. Puis retrouvez l’unité de votre conscience. Si vous échouez à faire ceci correctement, vous pouvez vous retrouver en proie à de sérieux ennuis. Votre Corps de Lumière pourrait errer au loin, hors de contrôle, et être attaqué et obsédé. Vous en seriez averti par l'apparition de maux de tête, de cauchemars, ou même par des signes plus sérieux tels que crises de nerfs, évanouissements, peut-être la folie ou la paralysie. Même la pire de ces attaques cessera probablement mais vous aura causé dans une mesure plus ou moins grande une lésion permanente.

Une grande majorité de "spiritualistes", "occultistes", "Crétinosophistes" (8), fournit de pitoyables exemples de préjudices répétés dus à cette cause.

Le bigot de type émotionnel souffre également de ce phénomène. La dévotion projette le corps subtil, qui est alors appréhendé et vampirisé par le démon déguisé en "Christ" ou "Marie", ou quelque autre objet de l'adoration. L'absence complète de toute aptitude à concentrer sa pensée, suivre un raisonnement, formuler une Volonté, garder ferme une opinion ou une ligne de conduite, ou même tenir un serment solennel, marque de façon indélébile ceux qui ont ainsi perdu des parties de leur âme. Ils errent d'un nouveau culte à un autre plus délirant encore. De temps en temps, pareilles personnes dérivent jusqu'à l'entourage du MAÎTRE THERION. Les pousser à tenter une demi-heure de n'importe quel travail sérieux suffit à les éjecter.

C’est une précieuse garantie supplémentaire que d’accomplir la projection Astrale à l’intérieur d’un cercle dûment consacré.

Agissez donc avec grande prudence, mais agissez. Avec le temps, votre Corps de Lumière deviendra aussi fort contre les esprits que votre corps physique l'est contre les vents du ciel. Tout repose sur le développement de ce Corps de Lumière. Il doit être pourvu d'un organisme aussi ramifié et équilibré que son frère d'apparence floue, le corps physique.

Donc, pour récapituler une fois encore, la première tâche consiste à développer votre propre Corps de Lumière à l’intérieur de votre propre cercle sans tenir compte des autres habitants du monde auquel il appartient.

Ce que vous avez accompli avec le sujet, vous devez maintenant le réussir avec l'objet. Vous devez apprendre à voir, avec vos yeux astraux, l'apparence astrale des choses matérielles; et bien que cela n'appartienne pas à la pure voyance proprement dite, réaffirmons que vous devez tenter l’impossible pour développer et fortifier ce Corps de Lumière. La meilleure et la plus simple manière d’y arriver consiste à s’en servir constamment, à l’entraîner par tous les moyens. En particulier, on peut l'employer lors de cérémonies d'initiation ou d'invocation - tandis que le corps physique demeure silencieux et immobile.

Et ce faisant, il sera souvent nécessaire de créer un Temple sur le plan astral. La création de symboles est une excellente pratique. Mais une précaution est indispensable : ils doivent être réabsorbés après emploi.

Ayant appris à créer des formes astrales, l’étape suivante consiste à influencer des formes déjà existantes et elle paraîtra tout d'abord très difficile. Illusoires et fugitives comme l'astral l'est généralement, ces formes qui sont nettement attachées au matériel possèdent d'énormes capacités de résistance et les influencer réclame par conséquent beaucoup de puissance. Leurs analogues matériels semblent leur servir de forteresses. Même lorsqu'un effet temporaire est produit, l'inertie de la matière les ramène à la normale ; toutefois le pouvoir de la volonté entraînée et consacrée dans un corps astral bien développé est tel qu'il peut aller jusqu'à produire un changement permanent dans l'équivalent matériel du Corps Astral sur lequel vous agissez, e.g., l'on peut guérir des malades en restituant une apparence saine à leurs formes astrales. D'autre part, il est possible de désintégrer le Corps de Lumière d'un homme qui, si robuste soit-il, tombera raide mort.

Pareilles opérations réclament non seulement de la force mais aussi du jugement. Rien ne peut chavirer le montant total de la destinée - tout doit être payé jusqu'au dernier centime. Pour cette raison, un grand nombre d'opérations théoriquement possibles ne peuvent être réalisées. Supposons, par exemple, deux hommes dont les apparences astrales sont similairement mal en point. Dans l'un des cas, la raison peut en être temporaire et sans gravité. Votre assistance suffira à le rétablir en quelques minutes. L'autre, qui n'a pas l'air en pire état, est en fait accablé par une force incalculablement plus grande que ce que vous pourriez maîtriser, et vous ne feriez que vous attirer des ennuis en tentant de l'aider. Le diagnostic entre les deux pourra être établi à la suite d'une investigation de couches plus profondes de l'astral, telles celles dont se compose .le "corps causal".

Un groupe de magiciens noirs sous l'autorité d'Anna Kingsford (9) tenta une fois de tuer un vivisecteur qui n'était pas spécialement connu ; et ils réussirent à le rendre sérieusement malade. Mais lorsqu'ils essayèrent la même chose sur Pasteur ils n'obtinrent absolument aucun résultat car Pasteur était un grand génie - un plus grand adepte dans son domaine qu'elle dans le sien - et parce que des millions de gens le bénissaient quotidiennement. Il ne peut être trop clairement compris que la force magique est sujette aux mêmes lois de proportion que n’importe quel autre type de force. Inutile pour un simple millionnaire d'essayer de provoquer la faillite d'un homme ayant la Banque d'Angleterre derrière lui.

Pour résumer, la première tâche consiste à séparer la forme astrale du corps physique, la seconde à développer les pouvoirs du corps astral, en particulier ceux concernant la vision, le déplacement et l’interprétation, la troisième à unifier les deux corps sans les emmêler.

Ceci accompli, le magicien est prêt à traiter avec l'invisible.

 

 

II

 

Il convient de maintenant poursuivre avec des considérations relatives à d'autres plans, communément classés comme appartenant à l'Astral. Il y a quelque raison à cela, les frontières étant quelque peu imprécises. De même que le royaume végétal se confond avec l'animal, de même que le plan matériel comporte des créatures empiétant sur les limites de l'astral, ainsi en est-il dans les plans supérieurs.

Les images mentales qui apparaissent durant la méditation sont de nature subjective et n'appartiennent en rien au plan astral. Il est très rare que des images astrales surviennent lors de la méditation. Lorsque c'est le cas, il s'agit en règle générale d'une grave brèche dans le cercle.

Il existe aussi un Plan Magique. Il confine au matériel et en inclut même une partie. Il inclut l'Astral, surtout un type sanguin d'Astral. Il s'élève jusqu'aux plans spirituels et en inclut la plupart sinon la totalité.

Le plan Magique est ainsi le plus vaste de tous. Les Dieux Egyptiens sont des habitants typiques de ce plan, et c'est la patrie de tout Adepte.

Les plans spirituels sont de plusieurs sortes mais se distinguent par une réalité et une intensité qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Leurs habitants sont dénués de formes, affranchis de l'espace comme du temps, reconnaissables à leur incomparable éclat.

Il existe aussi de nombreux sous-plans, comme par exemple l'Alchimique. Ce plan apparaîtra souvent lors de la pratique de "l'Elévation sur les Plans" ; ses images sont usuellement celles de jardins curieusement entretenus, de montagnes affichant d'étranges symboles, d'animaux hiéroglyphiques ou de figures telles L'Arcane Hermétique, ou d'images telles Les Chercheurs d'or ou Le Massacre des Innocents de Basile Valentin Le caractère unique du plan Alchimique rend ses images immédiatement reconnaissables.

Il existe aussi des plans correspondant aux diverses religions passées et présentes, chacun d'eux possédant sa propre unité.

Il est de la plus grande importance que le "Voyant" ou "voyageur de l’astral" soit capable de pénétrer dans n’importe quel plan souhaité et d’y agir comme son souverain.

Le Néophyte de l’A... A... est très rigoureusement contrôlé sur sa maîtrise de cette pratique avant d’être admis au grade de Zelator.

Lors de "l'Elévation sur les Plans", l'on doit habituellement passer librement de l'Astral (un long chemin pour certains) au Spirituel. Certains en seront incapables. Le "corps subtil", suffisamment apte à subsister sur les plans inférieurs, ombre parmi les ombres, échouera à pénétrer les couches supérieures. Cela exige un considérable développement de ce corps, et une intense infusion des plus hauts constituants spirituels de l'homme, avant qu'il ne puisse percer les voiles. La pratique constante de la Magick constitue la meilleure préparation possible. Même si la conscience humaine échoue à atteindre le but, la conscience du corps subtil elle-même y peut parvenir et pour cette raison celui qui voyage dans ce corps peut en être estimé digne lors d'une occasion ultérieure ; et son succès réagira, en outre, favorablement sur la conscience humaine, et augmentera ainsi ses chances de réussite lors de sa prochaine opération magique.

Pareillement, les pouvoirs acquis de la sorte affermiront le magicien dans sa pratique de la méditation. Sa Volonté deviendra plus apte à assister sa concentration, détruire les images mentales qui le dérangent et repousser les récompenses secondaires de cette pratique qui tentent le mystique et stoppent trop souvent son progrès.

Bien qu'il soit dit que le spirituel réside "au-delà de l'astral", cela est théorique (l0) ; le Magicien évolué constatera qu'il n'en est pas ainsi dans la pratique. Il sera capable, par l'invocation appropriée, de rejoindre directement n'importe quel endroit souhaité. Dans le Liber 418, un modèle de perfection est donné. L'Adepte qui explora ces Ethers n'eut pas à passer au travers et au-delà de l'Univers dont la totalité est toutefois circonscrite dans les limites du plus profond ( le 30ème ) des Ethers. Il fut capable d'assigner tous les Ethers désirés et Sa principale difficulté fut Son incapacité à quelquefois déchirer les voiles du premier coup. De fait, comme en témoigne le Livre, ce fut seulement en vertu d'initiations consécutives et fort élevées , subies dans les Ethers eux-mêmes, qu’Il fut à même de pénétrer au-delà du 15ème. Les Gardiens de pareilles forteresses savent comment garder.

Le MAÎTRE THERION a publié les plus importants et les plus pratiques des secrets de la magie dans le plus clair des langages. Personne, que ce soit par la vertu de l'intelligence ou celle de l'instruction, n'en a compris un mot ; et les indignes qui ont profané le sacrement n'ont fait que boire et manger leur propre damnation.

L'on peut ramener le feu du Ciel dans un tube creux, comme fit en vérité le MAÎTRE THERION d'une manière qu'aucun adepte n'avait osé employer avant lui. Mais le voleur, le Titan, doit s'attendre et consentir pour sa perte à être enchaîné sur un roc isolé, le vautour dévorant son foie pour une saison jusqu'à ce qu'Hercule, l’homme puissant armé de la vertu de ce même feu, vienne le délivrer.

Le TEITAN (11) - dont le nombre est le nombre d'un homme, six-cent-soixante-six - indompté, consolé par les Asia et Penthéa Australes, doit envoyer d'incessantes gerbes de bénédictions non seulement sur l'Homme dont il est l'incarnation, mais aussi sur le tyran et le persécuteur. Son infinie douleur doit faire vibrer son cœur de joie, puisque chaque tourment n'est que l'écho de quelque flamme nouvelle jaillissant sur la terre illuminée par son crime.

Car les Dieux sont les ennemis de l'Homme; c'est la Nature que l'Homme doit vaincre avant d'entrer dans son royaume (12). Le véritable Dieu est l’homme. En l’homme sont toutes choses cachées. D’entre ces dernières, les Dieux, la Nature, le Temps ainsi que toutes les puissances de l'univers sont des esclaves rebelles. Ce sont eux que les hommes doivent combattre et conquérir par la puissance et au nom de la Bête qui les a servis, le Titan, le Magus, l'Homme dont le nombre est six-cent-soixante-six.

 

 

III

 

 

La pratique de l'Elévation sur les Plans est d'une telle importance qu'une attention spéciale doit y être portée. Cela constitue une partie indispensable de la technique Magicke. Un enseignement relatif à cette pratique est délivré avec tant de superbe concision dans le Liber O qu'on ne saurait faire mieux que le citer textuellement ( "l'expérience précédente" à laquelle il est fait allusion dans la première phrase est le voyage astral courant ) :

"1. L'expérience précédente est de peu de valeur, et mène à peu de résultats d'importance. Mais elle est susceptible d'un développement aboutissant à une forme de dharana - concentration - et comme telle peut conduire aux plus hautes cimes. La principale utilité de la pratique du chapitre précédent réside dans sa capacité à familiariser l'étudiant avec toute espèce d'obstacle et toute espèce d'illusion, afin qu'il puisse maîtriser à la perfection toute idée pouvant surgir dans son cerveau, l'écarter, la transmuter, l'obliger à obéir sur-le-champ à sa volonté.

"2. Qu'il débute exactement comme auparavant ; mais avec solennité et détermination des plus profondes.

"3. Qu'il prenne bien soin de provoquer l'ascension de son corps imaginaire dans une ligne précisément perpendiculaire à la tangente de la terre au point où son corps physique se trouve situé (ou, pour s'exprimer plus simplement, droit vers le haut).

"4. Au lieu de stopper, qu'il continue à s'élever jusqu'à ce que la fatigue l'ait presque vaincu. S'il considère s'être arrêté sans que sa volonté en ait décidé ainsi, et que des formes apparaissent, qu'il s'élève coûte que coûte au-dessus d'elles. Oui, malgré les griffes de l'angoisse lacérant son âme, qu'il se fraye un chemin, plus haut, plus loin!

"5. Qu'il continue aussi longtemps qu'un souffle de vie sera en lui. Tout ce qui menace, tout ce qui séduit, serait-ce Typhon et ses hordes sortis de l'enfer et ligués contre lui, serait-ce du véritable Trône de Dieu Lui-Même que jaillit une voix lui ordonnant de rester sur place et de s'en satisfaire, qu'il lutte, encore et encore.

"6. Enfin, viendra un moment où son être tout entier sera englouti par la fatigue, accablé par sa propre inertie. Qu'il sombre (ne pouvant plus lutter, malgré sa langue mordue dans l'effort et le sang coulant à flots de ses narines) dans les ténèbres de l'inconscience ; puis revenant à lui-même, qu'il couche sur le papier, calmement et avec précision, un récit de tout ce qui s'est produit, oui, un récit de tout ce qui s'est produit."

L'Elévation peut bien entendu débuter à partir de n'importe quel point de départ. L'on peut aller (par exemple) dans l'orbite de Jupiter et les résultats, spécialement dans les plans inférieurs, seront très différents de ceux obtenus à partir d'un point de départ Saturnien.

L’étudiant se doit d’entreprendre une série régulière de telles expériences, afin de se familiariser non seulement avec la nature des différentes sphères, mais aussi avec la signification intrinsèque de chacune. Evidemment, il n'est pas nécessaire d'à chaque fois pousser la pratique jusqu'à l'épuisement, comme prescrit dans les instructions, mais il s'agit du comportement correct à adopter lors de toute expérimentation précise en vue d'acquérir ce pouvoir d'Elévation. Mais une fois ce pouvoir obtenu, il est bien sûr légitime de s'élever jusqu'à n'importe quel plan donné pouvant être nécessaire au dessein de l'exploration, comme dans le cas des visions relatées dans le Liber 418, où la méthode employée peut être qualifiée de mixte. Dans pareil cas, il ne suffit pas d'invoquer l'endroit que vous désirez visiter, car vous pourriez ne pas être à même de supporter sa pression ou de respirer son atmosphère. A la lecture de ce récit, l'on s'aperçoit qu’en plusieurs occasions le voyant ne put franchir certains portails ou demeurer en certaines contemplations. Il devait passer par certaines Initiations avant de pouvoir poursuivre. Ainsi, il est nécessaire que la technique de la Magick soit hissée jusqu’à la perfection. Le Corps de Lumière doit être rendu capable de voyager n’importe où et de faire n’importe quoi. Par conséquent, c’est toujours la question de l’entraînement qui est capitale. Vous devez sortir de votre corps et vous Elever sur les Plans chaque jour de votre vie, année après année. Vous ne devez pas être découragé par l'échec ou trop encouragé par la réussite lors de toute pratique ou série de pratiques. Ce que vous faites est ce qui sera véritablement de valeur pour vous à la longue ; c'est-à-dire qu'élaborant un personnage, créant un karma, vous en retirerez le pouvoir d'accomplir votre Volonté.

 

 

IV

 

 

La Divination est une branche si importante de la Magick qu'elle demanderait presque un traité séparé.

Le génie présente deux aspects : l'actif et le passif. Le pouvoir de réaliser la Volonté n'est qu'une force aveugle avant que la Volonté n'ait été éclairée. À chaque étape d'une opération Magique, il est nécessaire de savoir ce que l'on fait, et d'être certain d'agir sagement. Une sensibilité aiguë est toujours associée au génie ; l'aptitude à percevoir correctement l'univers, à analyser, coordonner et juger les impressions est la fondation de tout grand Oeuvre. Une armée n'est qu'un ramassis de brutes maladroites à moins qu'une autorité supérieure ne coordonne leurs actions.

Le Magicien reçoit la connaissance transcendantale nécessaire à une intelligente ligne de conduite directement en conscience par voyance et clairaudience ; mais communiquer avec des intelligences supérieures réclame une préparation complexe, même après des années de pratique fructueuse.

Il est par conséquent utile de posséder un art grâce auquel on pourra obtenir sur-le-champ toute information pouvant s'avérer nécessaire. Cet art est la divination. Les réponses aux questions, dans le domaine divinatoire, ne sont pas communiquées directement mais par le biais d'une pertinente série de symboles. Ces symboles doivent être interprétés par le devin dans les termes de son problème. Impossible d'élaborer un lexique dans lequel la solution de toute difficulté serait donnée en termes exprès. Ce serait peu maniable; et en outre la nature n'œuvre pas de cette manière.

La théorie de tout procédé divinatoire peut être énoncée en quelques mots simples :

1. Nous postulons l'existence d'intelligences, intérieures ou extérieures au devin, dont il n'est pas directement conscient. ( Peu importe à la théorie que le prétendu esprit communiquant soit une entité objective ou une partie cachée de l'esprit du devin ). Nous tiendrons pour établi que de telles intelligences sont capables de répondre correctement - dans certaines limites - aux questions posées.

2. Nous postulons qu'il est possible d'élaborer un compendium d'hiéroglyphes suffisamment élastique dans ses significations pour inclure toute idée concevable, et qu'un ou plusieurs de ces hiéroglyphes peuvent toujours être habilités à représenter telle ou telle idée. Nous supposons que n'importe lequel de ces hiéroglyphes sera compris dans le même sens que nous par les intelligences avec lesquelles nous désirons communiquer. Nous obtenons donc une sorte de langage. On pourrait le comparer à une lingua franca peut-être imparfaite à exprimer des subtiles nuances de sens, et donc impropre à la littérature, mais nous servant toutefois pour la conduite des affaires quotidiennes en des endroits où sont parlées plusieurs langues. L'hindoustani en est un bon exemple. Meilleure encore l'analogie avec les signes et symboles conventionnels employés par les mathématiciens qui peuvent ainsi échanger parfaitement (13) leurs idées sans qu'aucun d'entre eux ne parle un mot de la langue de l'autre.

3. Nous postulons que ces intelligences que nous désirons consulter sont disposées, ou peuvent être contraintes, à nous répondre sans mentir.

Considérons tout d'abord la question du compendium de symboles. L'alphabet d'un langage est une manière plus ou moins arbitraire de transcrire les sons émis en le parlant. Les lettres elles-mêmes n'ont pas nécessairement de sens en tant que telles. Mais dans un système divinatoire, chaque symbole représente une idée précise. Ajouter quelques lettres nouvelles a la langue anglaise ne la perturberait pas. Du reste, c'est ce qu'ont fait certains systèmes sténographiques. Ceci dit, un système de symboles approprié à la divination se doit d'être une représentation totale de l'Univers, afin que chacun d'eux soit absolu, et l'ensemble non susceptible d'augmentation ou de diminution. Techniquement, c'est (de fait) un pantacle dans la pleine acception du terme.

Considérons maintenant quelques remarquables exemples de tels systèmes. Nous pouvons remarquer en passant qu'il existe une méthode divinatoire courante consistant à se renseigner auprès des livres en plaçant le pouce au hasard entre leurs pages. Les Livres de la Sibylle, les œuvres de Virgile et La Bible ont été très fréquemment utilisés à cette fin. L'on peut admettre pour justification théorique que le livre employé est une parfaite représentation de l'Univers. Mais même si c'était le cas, nous aurions affaire à une forme inférieure de construction, car la seule conception raisonnable du Cosmos sera mathématique et hiéroglyphique plutôt que littéraire. Néanmoins, dans le cas d’un livre tel que Le Livre de la Loi qui est la suprême vérité et la parfaite règle de vie, tirer un oracle de ses pages n’est pas incompatible avec le bon sens. L’on remarquera qu’à l’évidence Le Livre de la Loi est non seulement une compilation littéraire mais aussi une complexe structure mathématique. Il remplit donc les conditions requises.

Les principaux moyens de divination historiquement présents sont l'astrologie, la géomancie, le Tarot, la Sainte Qabal et le Yi-King. Il en existe des centaines d'autres ; depuis la pyromancie, l'oniromancie, les augures tirés de sacrifices et la toupie de certains oracles anciens (14) jusqu'aux pronostics basés sur le vol des oiseaux et la prédiction par le marc de café. Pour notre présent propos, il suffira de traiter des cinq systèmes cités en premier.

L'ASTROLOGIE est théoriquement une méthode parfaite, puisque les symboles employés existent effectivement dans le macrocosme, et possèdent donc une correspondance naturelle avec les affaires microcosmiques. Mais, en pratique, les calculs nécessaires sont effroyablement compliqués. Un horoscope n'est jamais complet. On doit lui ajouter d'innombrables autres horoscopes. Par exemple, pour obtenir une réponse à l'interrogation la plus élémentaire, on aura non seulement besoin des dates de naissance des personnes impliquées par celle-ci, certaines d'entre elles étant probablement inaccessibles, mais aussi de calculs secondaires tels ceux des directions et transits, ainsi que d'horoscopes progressés, pour ne rien dire des calculs prénataux, mondiaux et même horaires. Evaluer cette multitude de données dans son intégralité, soupeser les parties d'un si vaste rassemblement d'influences et en tirer un avis unique, est une tâche pratiquement au-delà des capacités humaines. Hormis tout cela, les véritables effets des aspects et positions planétaires sont encore presque entièrement inconnus. Il n'est pas deux astrologues pouvant s'accorder en tous points, et la plupart d'entre eux avancent des versions contradictoires des principes fondamentaux eux-mêmes (15). Il vaut mieux que l'étudiant mette cette science de côté à moins qu'il ne soit par hasard fortement attiré par elle. Elle est employée par le MAÎTRE THERION Lui-Même avec des résultats assez satisfaisants, mais seulement lors de cas particuliers, dans une sphère strictement limitée, et avec des précautions spéciales. Même ainsi, Il éprouve de grandes réticences à baser Sa conduite sur les résultats ainsi obtenus.

LA GÉOMANCIE présente l'avantage d'être rigoureusement mathématique. Un manuel de cette science a été publié in Equinox I (2). L'inconvénient de son emploi réside dans le nombre limité de symboles. Représenter l'Univers par 16 combinaisons en tout et pour tout donne beaucoup trop de travail à ces dernières. Il y a aussi une grande restriction résultant du fait que bien que 15 symboles apparaissent dans la dernière figure, ils ne soient en réalité que 4, les onze qui restent étant tirés des "Mères" par un processus inéluctable. L'on peut ajouter que les tables reproduites dans le manuel pour l'interprétation de la figure sont d’une part extrêmement vagues et de l'autre insuffisamment exhaustives. Toutefois, certains Adeptes semblent trouver ce système admirable et tirent grande satisfaction de sa pratique. Une fois encore, tout dépend de l'équation personnelle. A une époque, le MAÎTRE THERION l'utilisait beaucoup ; mais Il n'était jamais totalement à l'aise avec ; Il trouvait l'interprétation très difficile. Qui plus est, il Lui semblait que les intelligences géomantiques elles-mêmes étaient d'un ordre inférieur, dont l’étendue de la connaissance se trouvait limitée à une petite partie des choses qui L'intéressaient; et aussi qu'elles possédaient un point de vue propre qui était loin d'être en résonance avec le Sien, de sorte que des malentendus perturbaient constamment le Travail.

LE TAROT et LA SAINTE QABAL ne seront pas traités séparément. Leur base théorique est la même : L'Arbre de Vie (16). Les 78 symboles du Tarot sont admirablement équilibrés et combinés. Ils sont appropriés à toute demande pouvant leur être faite ; chaque symbole est non seulement mathématiquement exact mais possède qui plus est une dimension artistique assistant le devin dans leur compréhension en faisant appel à son sens de l'esthétique. Le MAÎTRE THERION estime le Tarot infaillible pour ce qui est des questions d'ordre matériel. Les opérations successives décrivent le cours des événements avec une étonnante profusion de détails et les avis sont fiables à tous les égards. Mais une divination correcte réclame au moins deux heures de travail intensif, même en employant la méthode améliorée qu’Il a mise au point à partir des traditions des initiés. Toute tentative pour abréger le procédé ne mène qu'à la déception ; en outre, les symboles eux-mêmes ne se prêtent guère volontiers à la résolution de problématiques d'ordre spirituel.

La Sainte Qabal, basée comme elle l’est sur le nombre pur, possède évidemment un nombre infini de symboles. Sa portée est contiguë à l’existence elle-même ; et elle ne présente aucun défaut pour ce qui est de la précision, de la pureté ou même de toute autre perfection. Mais elle ne peut être enseignée (17) ; chaque homme doit choisir pour lui-même les matériaux convenant à la structure essentielle de son système. Eriger un édifice digne d'estime exige des années de labeur. Un tel édifice n'est jamais achevé ; chaque jour passé dessus y ajoute de nouveaux ornements. La Qabal est donc un vivant Temple du Saint-Esprit. C'est l'homme lui-même et l'univers exprimés dans les termes d'une pensée dont le langage est si riche que même les lettres de l'alphabet n'y possèdent plus de limites. Ce système est si sublime qu'il en est inadéquat à la résolution des insignifiantes devinettes de notre existence terrestre. A la lumière de la Qabal, les ombres des choses transitoires s'évanouissent instantanément.

Le YI-KING est le système le plus satisfaisant pour ce qui est du travail courant. Le MAÎTRE THERION est occupé à rédiger un traité sur le sujet mais le labeur impliqué est si considérable qu’Il ne peut S'engager à le terminer pour une date précise. L'étudiant devra par conséquent mener du mieux qu'il le pourra ses propres investigations relatives aux significations des 64 hexagrammes.

Le Yi-King est mathématique et philosophique dans sa forme. Sa structure est voisine de celle de la Qabal ; l’identité est si intime que l’existence de deux systèmes aussi superficiellement différents constitue un témoignage transcendantal de la véracité des deux. C'est à certains points de vue le plus parfait hiéroglyphe jamais élaboré. Il est austère et sublime, et cependant si adaptable à tout cas d'urgence éventuel que ses figures peuvent être interprétées pour répondre à n'importe quel type de question. L'on peut tout autant résoudre les difficultés spirituelles les plus obscures que les dilemmes les plus terre-à-terre ; et le symbole qui ouvre les portes des plus élevés palais de l'initiation sera pareillement efficace pour nous conseiller dans les affaires ordinaires de la vie. Le MAÎTRE THERION a trouvé le Yi-King pleinement satisfaisant à tous les égards. Les intelligences le régissant ne présentent aucune inclination à éluder la question ou à fourvoyer celui qui la pose. Un avantage supplémentaire est que le mécanisme concret en est simple. Aussi, le système est aisé à manipuler, et cinq minutes suffisent pour obtenir une réponse honnêtement détaillée à n'importe quelle question, fut-elle des plus obscures.

 

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Pour ce qui est des intelligences dont la besogne consiste à livrer des informations au devin, on peut dire en gros que leurs natures diffèrent largement et correspondent plus ou moins au caractère du processus divinatoire employé . Ainsi, les intelligences géomantiques sont-elles des gnomes, esprits de nature terrestre, se distinguant les unes des autres par les modifications dues aux diverses influences planétaires et zodiacales attribuées aux différents symboles. L'intelligence régissant Puella ne doit pas être confondue avec celle de Vénus ou de la Balance. Il s'agit simplement d'un daemon terrestre spécifique participant de ces natures.

D'autre part, le Tarot - étant un livre - se trouve sous l'autorité de Mercure et l'intelligence de chaque carte est fondamentalement Mercurienne. Ces symboles sont donc particulièrement appropriés à la transmission des idées. Ils ne sont pas grossiers comme les daemons géomantiques mais, comme en contrepartie, ils n'ont aucun scrupule à tromper le devin (18).

Le Yi-King est servi par des entités dépourvues de telles imperfections. L’intense pureté des symboles les empêche d'être usurpés par des intelligences ayant leurs propres intérêts à servir (19).

Il est toujours indispensable au devin d’obtenir un absolu contrôle magique sur les intelligences du système qu’il adopte. Il ne doit pas leur laisser la plus petite chance de le mystifier, de l'embrouiller ou de se moquer de lui. Il ne doit pas leur permettre d'employer la casuistique dans l'interprétation de ses questions. C'est courante friponnerie, spécialement en géomancie, que d'obtenir une réponse littéralement juste et qui pourtant déçoit. Par exemple, l'on demande si telle transaction financière sera avantageuse et l'on s'aperçoit, après réponse affirmative, que celle-ci se référait à l'autre partie!

Il n'est apparemment aucune difficulté que ce soit pour ce qui est d'obtenir des réponses. De fait, le processus est mécanique; le succès est par conséquent assuré sauf attaque d'apoplexie. Mais, même en supposant que nous soyons à l'abri de la tromperie, comment pouvons-nous être vraiment sûrs que la question ait été posée à un autre esprit, qu'elle ait été correctement comprise et que la réponse ait été délivrée en

toute connaissance de cause ? Il est certes possible de vérifier ses opérations par la voyance mais c'est un peu comme acheter un coffre-fort pour y garder une brique. Le seul maître est l'expérience. Il s’agit d’acquérir ce qu’on pourrait presque appeler un nouveau sens. De sentir en soi-même si l’on tombe juste ou non. Le devin doit développer ce sens. Cela est similaire à l'excessive sensibilité du toucher que l'on rencontre chez les grands joueurs de billard, dont les doigts peuvent évaluer d'infinitésimaux degrés de force. Nous avons le même phénomène avec le tâteur professionnel de vins ou de thés pouvant discerner d'incroyablement subtiles nuances de goût.

C'est dur à dire mais pour prédire sans erreur, il faut être un Maître du Temple. La divination constitue une excellente pratique pour ceux qui aspirent à cette position éminente, car le plus léger souffle de préférence personnelle déviera l’aiguille du pôle de la vérité lors de la réponse. A moins que le devin n'ait complètement banni de son esprit le plus infime atome d'intérêt envers la réponse à sa question, il est presque assuré d'influencer cette réponse dans le sens de ses inclinations personnelles.

Le psychanalyste rappellera le fait que les rêves sont des représentations fantasmatiques de la Volonté inconsciente du dormeur, et que non seulement ce sont des images de cette Volonté au lieu de représentations de la vérité objective, mais que l'image elle-même est confuse du fait des milliers de courants entrecroisés mis en mouvement par les divers complexes et inhibitions de sa personnalité. Par conséquent, celui qui consulte l'oracle doit être sûr qu'inconsciemment ou non il n'exercera aucune pression dessus. C'est comme lorsqu'un Anglais soumet un Hindou à un interrogatoire contradictoire : la réponse finale de l'Hindou sera probablement ce que ce dernier imaginera plaire le plus à celui qui l'interroge.

La même difficulté apparaît sous une forme plus grossière lorsqu'on reçoit une réponse parfaitement juste mais que l'on persiste à l'interpréter dans le sens de ce que l'on souhaite. La grande majorité des gens consultant les "diseurs de bonne aventure" n'espèrent rien d'autre qu'une approbation surnaturelle à leurs sottises. Tout à fait indépendamment de l'Occultisme, chacun sait que lorsque les gens vous demandent votre avis, tout ce qu'ils souhaitent entendre c'est combien ils sont sages. Presque personne ne se conforme à un conseil du bon sens le

plus évident s'il se trouve en conflit avec ses intentions préalables. En vérité, qui voudrait prendre conseil à moins d'être averti par quelque chuchotement intérieur qu'il est sur le point de se couvrir de ridicule, qu'il y est décidé, et cherche seulement l'opportunité de blâmer son meilleur ami ou l'oracle lorsqu'il sera rattrapé par le désastre qu’entrevoit son propre guide intérieur ?

Il serait sage que ceux qui s'embarquent dans la divination considèrent attentivement les précédentes remarques. Ils sauront les avoir suffisamment approfondies lorsque le sens leur en deviendra douloureux. Il est indispensable de s'explorer au plus haut point, d'analyser son propre esprit avant de pouvoir être affirmatif au-delà de toute erreur possible et devenir celui-là en mesure de se désintéresser complètement de la question. L'oracle est un juge ; il doit être au-delà de la corruption et des partis pris.

Il est impossible d'en pratique établir des règles pour l'interprétation des symboles. Leur nature doit être sondée par des méthodes intellectuelles telles la Qabal, mais l’exacte nuance de sens de chacun d'entre eux dans tel ou tel cas, ainsi que le champ et la tendance de son activité, doivent être en partie appréhendés par l'expérience, c'est-à-dire par induction, en consignant et classant ses expérimentations sur une longue période ; et - c'est là le plus important - en affinant son raisonnement au point qu'il devienne intuition ou instinct, quel que soit le nom qu'on choisisse de lui donner.

Lorsque le champ de la question est bien circonscrit, il est à propos de commencer la divination par l'invocation des forces adéquates. Une erreur d'appréciation quant à la véritable nature de la question occasionnerait des sanctions proportionnées à l'importance de cette erreur ; et les illusions résultant d'une divination fortifiée par l'invocation seraient plus graves que celles obtenues sans l'intervention de pareille artillerie lourde (20).

Il n y a toutefois aucune objection à se préparer par une purification et une consécration d’ensemble réalisées dans l’intention de se détacher de sa personnalité et d’augmenter la sensibilité de ses perceptions.

Toute forme de divination se trouve sous l'autorité de l'élément Air. En conséquence, ses caractéristiques uniformes sont identiques aux propriétés spécifiques de cet élément. La divination est subtile et intangible. Cela se déroule avec une aisance mystérieuse, se dilatant et se contractant, allant et venant, sensible à la plus petite tension. Cela reçoit et transmet toutes vibrations sans en retenir aucune. Cela devient asphyxiant lorsque l'oxygène est souillé par son passage dans les poumons humains.

Un état d'esprit particulier s'avère nécessaire pour une divination réussie. Les conditions du problème sont difficiles. Il faut bien sûr que l'esprit du devin soit totalement concentré sur la question. Toute pensée importune embrouillera l'oracle aussi sûrement que le lecteur d'un journal parcourant un paragraphe où se seraient égarées quelques lignes d'un autre article. Il est également nécessaire que les muscles avec lesquels il manipule le dispositif divinatoire soient entièrement indépendants de toute volonté propre. Il doit pour le moment les prêter à l’intelligence qu’il consulte, être guidé dans leurs mouvements afin de commettre les indispensables actions mécaniques qui décident du facteur physique de l'opération. Il est évident que ceci sera embarrassant pour le devin qui se trouve également être un magicien, car en tant que magicien il a constamment œuvré à garder toutes ses énergies sous son contrôle, et à prévenir la plus légère interférence de toute Volonté étrangère avec celles-ci. Il est d'ailleurs courant, du moins d'après l'expérience du MAÎTRE THERION, que les Magiciens les plus prometteurs fassent les devins les plus déplorables et vice versa. Ce n'est que lorsque l'aspirant approche de la perfection qu'il devient capable de réconcilier ces deux facultés apparemment contraires.

De fait, il n'est aucun signe plus certain d'une totale réussite que cette aptitude à mettre l'intégralité de ses énergies au service de n'importe quel type de tâche.

En outre, pour ce qui est de l'esprit, il semblerait que la concentration sur la question rende plus difficile encore la nécessité de s'en détacher. Une fois de plus, le devin a besoin d'un considérable degré d'accomplissement dans les pratiques de la méditation. Il doit avoir réussi à détruire cette inclination de l’ego à perturber l’objet de la pensée. Il doit être à même de concevoir une chose en dehors de toute relation avec quoi que ce soit d’autre. La pratique régulière de la concentration mène à ce résultat ; de fait, elle détruit la chose elle-même telle que nous l'avions conçue jusqu'ici ; car la nature des choses nous est toujours voilée du fait de notre habitude de les considérer exclusivement par rapport à nous et à nos réactions vis-à-vis d'elles.

L'on ne peut certes pas attendre du devin qu'il fasse samadhi avec sa question - cela irait trop loin et détruirait le caractère de l'opération en retirant la question de la catégorie des idées reliées. Cela impliquerait d'interpréter la question en termes de "hors toutes limites", et en conséquence la réponse serait également dénuée de forme. Mais il se rapprochera suffisamment de cet extrême pour donner entière liberté à la question de nouer pour elle-même ses propres liens avec l’intelligence délivrant la réponse, conservant sa position sur son propre plan, et évoquant le nécessaire contrepoids à son propre écart de la norme du néant.

Nous pouvons résumer les réflexions ci-dessus sous une forme pratique. Nous supposerons qu'un homme souhaite deviner par le biais de la géomancie s'il devrait ou non se marier, étant posé que ses pulsions émotionnelles et corporelles lui suggèrent une conduite aussi inconsidérée. L'homme prend sa baguette et son sable ; il trace la question, le pentagramme adéquat et le sceau de l’esprit. Avant de tracer les traits qui détermineront les quatre "Mères", il doit s'examiner rigoureusement. Il doit bannir de son esprit toute pensée pouvant être connectée à son affection pour la partenaire envisagée. Il doit bannir toutes les pensées le concernant lui, celles d'appréhension pas moins que celles d'ardeur. Il doit penser à la question comme si elle ne le concernait aucunement. Il doit pousser l'introspection aussi loin que possible. Il doit observer avec toute la finesse dont il dispose si cela lui coûte d'abandonner telle ou telle de ces pensées. Aussi longtemps que son esprit sera si peu que ce soit troublé par un aspect donné du problème, il ne sera pas apte à former la figure. Il doit couler sa personnalité dans celle de l’intelligence, de sorte que lorsqu’il pose la question il lui semble être cette intelligence écoutant la question posée par un étranger envers lequel il n’éprouve qu’indifférence mais qu’il doit, de par sa fonction, servir loyalement. Il doit à présent repasser l'intégralité du problème dans sa tête, s'assurant de sa complète réserve vis-à-vis de ce dernier. Il doit aussi s'assurer que ses muscles soient parfaitement libres de réagir au contact de la Volonté de cette intelligence. ( Il est bien entendu présumé qu'il n'est pas, à force de pratique, familier avec la géomancie au point d'être capable de calculer subconsciemment les figures qu'il formera ; car cela fausserait entièrement l'expérience. De fait, là réside l'un des inconvénients de la géomancie : tôt ou tard, l'on devient conscient que leur nombre sera pair ou impair au moment de tracer les points. Corriger ceci réclame un entraînement spécial ).

La théorie physio-psychologique soutiendra probablement que l'action "automatique" de la main n'est pas moins sous le contrôle du cerveau que dans le cas d'une volition consciente ; mais c'est là un argument supplémentaire pour identifier le cerveau à l'intelligence invoquée.

S'étant donc identifié aussi étroitement que possible à cette intelligence, et concentré sur la question comme si "l'esprit prophétisant" y prêtait toute son attention, il doit attendre l'élan spontané qui lui fera tracer les marques dans le sable, et dès qu'il se manifeste, mener rapidement le processus à terme. Ici apparaît une autre difficulté technique. L'on doit obtenir 16 rangées de points ; et, spécialement chez le débutant, l'esprit se trouve en proie à la crainte que la main n'échoue à manifester le nombre requis. Il peut aussi avoir peur de le dépasser ; mais l'excédent est dénué d'importance. Les lignes supplémentaires sont tout simplement nulles et non avenues, et donc le mieux est de chasser cette pensée et de seulement s'assurer qu'on ne s'arrête pas trop tôt (21).

Les lignes étant tracées, l'opération, tout du moins sous son aspect réclamant des qualités spirituelles, est momentanément achevée. Le processus d'élaboration de la figure pour le jugement est purement mécanique.

Mais, lors du jugement, le devin a de nouveau besoin de ses plus hauts et plus profonds acquis spirituels. Il doit épuiser les sources intellectuelles d’information à sa disposition, et d’elles tirer un jugement. Mais ayant réalisé ceci, il doit détacher son esprit de ce que ce dernier vient juste de formuler, et tenter de le concentrer sur la figure dans son ensemble, presque comme si elle était l’objet de sa méditation. L'on ne répétera jamais assez que dans cette double opération, le détachement de ses propres préférences personnelles est aussi nécessaire qu'il l'était lors de la première partie du travail. En établissant la figure, un parti pris quelconque engendrerait un fantasme Freudien qui se substituerait à l'image de la vérité qu'était censée être la figure ; et ce n'est pas aller trop loin qu’affirmer que l’entière machinerie subconsciente du corps et de l'esprit se prête avec une affreuse bonne volonté à cette simiesque parodie de trahison. Mais, maintenant que la figure est prête pour l'interprétation, le même parti pris tendrait à formuler différemment son désir fantasmatique de concrétisation. Il agira via l'esprit en vue de fausser le jugement sain. Il pourrait, par exemple, induire à mettre l'accent sur l'élément Vénérien de Puella aux dépens de

l'élément Saturnien. Il pourrait conduire à sous-estimer l'influence d'une figure hostile ou à négliger complètement tel ou tel élément d'importance. Le MAÎTRE THERION a observé des cas où le devin craignait tellement une réponse défavorable qu'il en fit des erreurs dans la simple construction mécanique de la figure! Finalement, pour résumer, il est mortellement aisé d'escamoter les aspects déplaisants et de souffler sur la plus petite flammèche susceptible de ranimer le brasier - les branches pourries! - de l'espoir.

L’opération finale consiste donc à obtenir une interprétation de la figure, affranchie de toute contrainte intellectuelle ou morale. L’on doit s’efforcer de la percevoir comme une chose en elle-même absolue. L'on doit en somme la traiter à peu près de la même manière que la question ; comme une entité mystique, jusque-là sans rapports avec d'autres phénomènes. Il faut pour ainsi dire l'adorer comme un dieu, sans réserve : "Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute". On doit lui permettre d’imposer son individualité intrinsèque à notre esprit, de placer ses doigts indépendamment des notes qui nous plaisent.

De cette façon, l'on obtiendra une empreinte du véritable sens de la réponse ; et on l'obtiendra nantie d'une sanction supérieure à toutes les suggestions raisonnables. Cela vient - et y retourne - d'une partie de l'individu indépendante de l'influence de l'environnement ; et qui s'est ajustée à cet environnement par véritable nécessité, et non par les artifices d'adaptations telles celles que notre conception myope de la commodité nous induit à mettre au point.

L'étudiant remarquera d'après ce qui a été dit plus haut qu’en un certain sens la divination est un art entièrement à part de la Magick ; toutefois cet art interpénètre la Magick en tous points. Les lois fondamentales des deux sont identiques . Le bon usage de la divination a été expliqué; mais nous devons ajouter que son efficacité, d'une immense importance en ce qu'elle fournit le Magicien en informations nécessaires à ses plans tactiques et stratégiques, ne lui permet en aucune façon d’accomplir l’impossible. Il n'appartient pas à la divination de prédire le futur avec (par exemple) la certitude d'un astronome calculant le retour d'une comète (22). La divination possède toujours une certaine vertu car (Shakespeare nous l'assure!) il y a "beaucoup de vertu dans le SI"!

En estimant la valeur définitive d'un jugement divinatoire, il y a plus à prendre en compte que les nombreuses sources d'erreurs inhérentes au processus lui-même. Le jugement ne peut faire plus que ce que les faits lui étant présentés garantissent. Il est naturellement impossible dans la plupart des cas d'être sûr que quelque facteur important n'ait pas été omis. En demandant "Serait-il sage que je me marie ?", on laisse la porte ouverte à diverses définitions du mot sagesse. L'on peut seulement espérer une réponse dans le sens de la question. La connotation "sage" impliquerait alors les restrictions "selon votre propre définition du mot sagesse", "pour ce qui est des présentes circonstances". Cela ne constituerait pas une garantie contre un désastre ultérieur pas plus qu'une conclusion philosophique de nature abstraite quant à la sagesse. Il ne faut pas présumer que l’oracle soit omniscient. Au contraire, vu la nature de l’affaire, il s'agit de l'expression d'une entité dont les pouvoirs sont partiels et limités, quoique pas dans la même mesure ou les mêmes directions que les nôtres. Mais un homme à qui l'on conseille d'acheter certaines marchandises ne doit pas se plaindre si une panique générale fait que le marché s'effondre quelques semaines plus tard. Le conseil se rapporte seulement aux perspectives concernant les marchandises elles-mêmes. Il ne faut pas plus blâmer la divination qu'on ne blâmerait un homme pour avoir acheté une maison à Ypres (23) trois ans avant la Guerre Mondiale.

Comme en revanche, il faut insister sur le fait qu'il est évidemment à l’avantage du devin d'obtenir cette information via des entités de la plus haute essence disponible. Une vieille sorcière n'ayant rien d'autre à son service qu'un esprit familier de simple notoriété locale tel le crapaud dans l'arbre peut difficilement espérer qu'il lui en dise plus quant aux affaires privées que son magazine paroissial ne le fait des publiques. La façon dont le Magicien est servi ne dépend que de lui-même. Plus grand est l'homme, plus grand sera le professeur. Il s'ensuit que les daemons communiquants les plus élevés, ceux qui sont pour ainsi dire au fait des secrets de la cour royale, dédaignent s'occuper de questions qu'ils estiment indignes de leur rang. Il ne faut pas commettre l'erreur de faire appel à un médecin renommé pour qu'il guérisse les maux de votre pékinois. Il faut aussi prendre garde à ne pas questionner un ange, même le plus intelligent, au-delà de ses capacités. Un cardiologue ne saurait établir une ordonnance pour des troubles liés à la gorge.

Le Magicien doit par conséquent maîtriser plusieurs méthodes divinatoires ; employant l’une ou l’autre selon les exigences du moment. Il doit se faire un devoir de mettre sur pied un personnel de tels esprits adaptés à diverses occasions. Ce doivent être des esprits "familiers", au sens strict ; des membres de sa famille. Il doit constamment traiter avec eux, évitant les changements capricieux ou fantasques. Il doit les sélectionner de telle sorte que leurs capacités couvrent tout le terrain de son œuvre ; mais il ne doit pas les multiplier inutilement car il se rend responsable de chacun de ses employés. Pareils esprits devront être cérémoniellement évoqués à l'apparence visible ou semi-visible. Un accord strict devra être conclu, sous le sceau du serment. Il devra être scrupuleusement observé par le Magicien, et sa violation par l'esprit sévèrement punie. Les relations avec ces esprits devront être affermies et encouragées par de fréquents rapports. Ils doivent être traités avec courtoisie, considération et même affection. On doit leur enseigner à aimer et respecter leur maître, et à être fiers de la confiance qu'il leur accorde.

Il est quelquefois préférable d'agir sur le conseil d'un esprit tout en sachant qu'il est dans l'erreur, bien que dans pareil cas il faille prendre les précautions appropriées contre un résultat indésirable. La raison en est que les esprits de ce type sont très sensibles. Ils souffrent les agonies du remords en réalisant qu'ils ont causé du tort à leur Maître ; car il est leur Dieu ; ils savent faire partie de lui, leur but est d'arriver à être absorbés en lui. Ils comprennent donc que ses intérêts sont les leurs. Attention devra être prêtée à n'employer que des esprits adaptés au dessein, non seulement en raison de leur capacité à fournir des renseignements, mais aussi en raison de leur sympathie avec la personnalité du Magicien. Toute tentative de contrainte d'esprits réticents est dangereuse. Ils obéissent par peur ; leur peur les rend flatteurs et leur fait dire d'aimables mensonges. Cela suscite également de fantasmatiques projections d'eux-mêmes, contrefaçons se livrant à l'imposture ; et ces fantasmes, en plus d'être sans valeur, deviennent la proie de daemons malveillants les employant en vue d'attaquer le Magicien de diverses manières dont les perspectives de succès se trouvent accrues du fait qu'il ait lui-même noué un lien avec eux.

Une observation supplémentaire semble souhaitable à ce sujet. Toute divination, de quelque type que ce soit, est impropre à répondre aux questions relevant directement du Grand Oeuvre lui-même. Lors de la Connaissance et Conversation de son Saint Ange Gardien, l’adepte se trouve muni de tout ce dont il peut avoir besoin. Consulter tout autre que son propre Ange revient à L’insulter. De plus, c'est délaisser le seul qui connaisse le fond du problème et s'en soucie réellement au profit d'un autre qui, vu la nature de l'affaire, doit en être ignorant (24) - un autre dont l'intérêt qu'il y porte ne saurait être plus (dans le meilleur des cas) que celui d'un étranger bien intentionné. Il va sans dire qu'avant que le Magicien n'ait obtenu la Connaissance et Conversation de son Saint Ange Gardien il est passible d'interminables tromperies. Il ne connaît point Lui-Même ; comment pourrait-il expliquer ses affaires aux autres ? Comment ces autres, bien que faisant de leur mieux, pourraient-ils l'aider en autre chose que des bagatelles ? Il convient donc de s'attendre à être déçu à chaque étape sur le chemin de l'adeptat.

Cela est spécialement vrai de la divination car l'essence de l'horreur qu'est l'ignorance de son Ange est confusion et supplice absolus de l'esprit, augmentés des tourments du corps et envenimés par la souffrance de l'âme. Un tel pose les mauvaises questions, et il les pose mal ; il obtient les mauvaises réponses qu'il interprète mal, et il agit mal en conséquence. Il doit néanmoins persister, aspirant ardemment à la connaissance de l'Ange, et conforté par l'assurance qu’Il le guide secrètement vers Lui-Même, et que toutes ses erreurs sont des préparatifs nécessaires en attendant l'heure convenue pour la rencontre. Chaque méprise est pour ainsi dire le démêlage de quelque nœud dans la chevelure de la fiancée tandis qu'on la coiffe pour le mariage.

D'un autre côté, bien que l'adepte soit en communication quotidienne avec son Ange, il doit prendre soin de ne Le consulter que sur des questions dignes de leur relation. Il ne convient pas d'interroger son Ange sur trop de questions de détail ou sur des matières pouvant relever de ses esprits familiers. On ne va pas voir le Roi pour d'insignifiantes vétilles personnelles. La romance et l’enchantement de l’ineffable union qu’est l’Adeptat ne doit pas être profanée par l’introduction de soucis terre-à-terre. Pas question de se pointer avec des bigoudis sur la tête ou de se plaindre de l'insolence du cuistot lorsque l'on veut tirer le meilleur parti de sa lune de miel (25).

Pour l'Adepte, la divination devient donc d'importance secondaire, bien qu'il puisse maintenant l'employer avec une absolue confiance, et qu'il s'y livre sans doute bien plus qu'avant son accomplissement. De fait, c'est vraisemblablement en raison de ce qu'il comprend que le recours à la divination (à chaque fois que sa Volonté ne l'instruit pas dans l'instant) et l'obéissance implicite à ses conseils, sans se soucier s'ils le mènent au désastre ou non, est un moyen admirablement efficace de préserver son esprit des impressions extérieures, et par conséquent de le maintenir dans la condition adéquate à la réception des réitérés éclairs d'extase par lesquels l'amour de son Ange le ravit.

Nous venons de tracer les frontières des éventualités et opportunités déterminant la géographie physique et politique de la divination. L'étudiant doit constamment se garder de supposer que cet art constitue un moyen absolu de découvrir la "vérité", ou même d'employer ce mot comme s'il signifiait plus que la relation entre deux idées, chacune étant elle-même sujette à des "changements sans préavis" comme dans un programme musical.

La divination, dans l'ordre des choses, ne peut faire plus que mettre l'esprit du consultant en liaison consciente avec un autre esprit dont la connaissance du sujet en question est à la sienne ce qu'est celle d'un expert à celle d'un profane. L'expert n'est pas infaillible. Le client peut poser sa question d'une manière fallacieuse, ou même la baser sur une conception totalement erronée des faits. Il peut mésinterpréter la réponse de l'expert, et se méprendre sur sa signification. Mis à part tout cela, à l'exclusion de toute erreur, question et réponse sont toutes deux limitées dans leur validité par leurs propres conditions ; et ces conditions sont telles que la vérité peut cesser d'être vraie, du fait du temps qui passe, ou infirmée par l'oubli de certaines circonstances dont l'opération cachée annule le contrat.

En un mot, la divination - comme toutes les autres sciences - est justifiée par ses enfants. Il serait extraordinaire qu'une mère si fertile soit à l'abri des mort-nés, monstruosités et avortements.

Nous ne maudissons pas et ne jetons pas au panier notre servante la science à chaque fois que le téléphone est en dérangement. Les employés du téléphone ne prétendent pas qu'il marche toujours, et toujours bien (26). La divination, avec une égale modestie, admet avec un sourire désapprobateur que "ça se trompe souvent ; mais que ça fonctionne assez bien, tout compte fait. La science en est à ses débuts. Nous ne pouvons que faire de notre mieux. Nous ne prétendons pas plus à l'infaillibilité que l'expert poseur de mines qui se considère chanceux s'il fait mouche quatre fois sur dix".

L'erreur de tous les dogmatistes (du plus antique prophète et sa "Parole de Dieu littéralement inspirée" au plus récent professeur Allemand et son explication unilatérale de l'Univers) est qu'ils veulent en prouver trop, se protéger des critiques en étirant une théorie probablement excellente ; ce afin qu'elle puisse inclure tous les faits et toutes les fables jusqu'à ce qu'évidemment la grenouille, trop gonflée, explose.

La divination n'est rien de plus qu'une méthode rudimentaire et pratique que nous ne comprenons pas entièrement, et que nous n'utilisons qu'en tant qu'empiristes. Un succès, pour le meilleur devin vivant, n'est pas plus assuré en n'importe quelle circonstance donnée qu'un long putt par un champion de golf. Ses calculs sont infiniment plus complexes que ceux du jeu d'Echecs. Imaginez un jeu d'Echecs pratiqué sur un échiquier infini avec des pièces dont les déplacements sont indéterminés, et rendu plus difficile encore par l'intervention de forces impondérables et de règles informulées; et dont le maniement exige non seulement - ce qui est déjà assez rare - une probité morale et intellectuelle, mais aussi une intuition alliant finesse et force à un degré de perfection tel que son existence n'apparaisse pas moins monstrueuse que miraculeuse aux yeux de la Nature.

Admettre ceci ne revient pas à discréditer les oracles. Au contraire, les oracles tombèrent dans le déshonneur justement parce qu'ils prétendaient faire plus que ce qu'ils pouvaient. Prédire au sujet de quelque chose est un peu plus qu'un calcul de probabilités. Nous employons des esprits ayant accès à une connaissance bien plus vaste que la nôtre, mais cela ne signifie pas qu’ils jouissent de l'omniscience. HRU, le grand ange préposé au Tarot, est au-delà de nous comme nous sommes au-delà de la fourmi ; mais, pour autant que nous le sachions, la connaissance de HRU est surpassée par celle de quelque esprit plus puissant dans la même proportion. De plus, nous n'avons aucun droit d'accuser HRU d'ignorance ou d'erreur si nous lisons le Tarot selon notre propre folie. Il peut avoir su, il peut avoir dit vrai ; la faute peut incomber à notre angle de lecture (27).

Le MAÎTRE THERION a observé en d'innombrables occasions que des divinations par lui effectuées et rejetées comme ayant délivré des réponses incorrectes, se sont justifiées des mois ou des années plus tard, lorsqu'il était à même de réviser son jugement en perspective, sans interférence de sa passion personnelle.

Il est de fait surprenant de voir si souvent les divinations les plus négligées donner des réponses exactes. Lorsque les choses vont mal, l'on peut presque toujours incriminer notre propre présomption insolente s'acharnant à insister pour que les événements s'ajustent à notre égoïsme et notre vanité. Il est comiquement anti-scientifique de citer des exemples d'erreurs de devins comme preuves de la sottise de leur art. Chacun sait que les expériences chimiques les plus simples ratent souvent. Chacun connaît les excentricités des stylos à encre ; mais personne, en dehors des cercles Evangéliques, ne rit de l'expérience de Cavendish ni n'affirme que si les stylos à encre fonctionnent incontestablement de temps en temps, ce n'est que simple coïncidence.

Le fait de la cause est que les lois de la nature sont incomparablement plus subtiles que ce que la science peut soupçonner. Les phénomènes de chaque plan sont étroitement interconnectés. Les arguments d'Aristote dépendaient de la pression atmosphérique empêchant son sang de bouillir au-delà d'un certain point. Il n’est pas une chose dans l’univers qui n’influence toutes les autres d’une manière ou d’une autre. Dans la Nature, il n'y a aucune raison pour que les combinaisons apparemment fortuites d'une demi-douzaine de baguettes d'écailles de tortue ne soient pas en relation avec l'esprit humain et la structure de l’Univers en son intégralité, au point que l'observation de leur chute nous rende capables de mesurer toutes choses sur terre et dans les cieux.

Avec un morceau de verre courbé nous avons découvert d'innombrables galaxies de soleils; avec un autre d'innombrables ordres d'existence dans l'infiniment petit. Grâce au prisme, nous avons analysé la lumière au point que matière et énergie ne sont devenus intelligibles qu'en tant que formes de la lumière. Nous avons pu forcer les invisibles énergies de l'électricité à devenir esprit familier au service de notre Volonté, que ce soit pour surpasser le vol du condor ou plonger dans le monde démoniaque de la maladie plus profondément qu'aucun de nos visionnaires ne l'aurait pu rêver.

Puisque avec quatre morceaux de verre ordinaire l'humanité en a tant appris, a accompli tant de choses, qui oserait nier que le Livre de Thoth, la sagesse quintessenciée de nos ancêtres (dont les civilisations, bien que disparues, nous ont laissé des monuments qui nous rapetissent au point où nous pouvons nous demander si nous sommes le produit de leur dégénérescence ou sommes issus des Simiens), qui oserait nier qu'un tel livre puisse se trouver investi d’inimaginables pouvoirs ?

Il n'y a pas si longtemps, les méthodes de la science moderne étaient raillées par l'ensemble du monde cultivé. Dans les lieux saints eux-mêmes, on entendait résonner les bruyants rires de mépris des grands prêtres à chaque nouveau postulant s'approchant avec une offrande peu orthodoxe. L'on trouverait difficilement au cours de l'histoire une découverte scientifique qui n'ait été dénigrée comme charlatanerie par ces mêmes hommes dont les exploits étaient rares et néanmoins largement reconnus.

Dans la mémoire de la génération actuelle, la possibilité d'aéroplanes était tournée en dérision par ces mêmes ingénieurs tenus comme suffisamment experts pour exprimer leurs opinions.

La méthode de la divination, sa ratio, est aussi obscure aujourd'hui que l'analyse spectrale il y a une génération. Que la composition chimique des étoiles fixes puisse être un jour connue de l'homme semblait une pensée d'aliéné trop ridicule pour qu'on en discute. Il semble aujourd’hui également irrationnel d'enquêter dans un désert de sable sur le destin des empires. Et pourtant, il est certain que si quelqu'un sait, lui devrait savoir!

De nos jours, il peut sembler invraisemblable que des objets inanimés révèlent les plus profonds secrets de la nature et de l'humain. Nous ne pouvons dire pourquoi la divination est valable. Nous ne pouvons cerner le processus en raison duquel elle opère ses merveilles (28). Mais les mêmes objections s'appliquent aussi bien au téléphone. Aucun homme ne sait ce qu'est l'électricité ou quelle est la nature des forces déterminant son action. Nous savons seulement qu'en faisant certaines choses, nous obtenons certains résultats et que la moindre erreur de notre part réduira nos efforts à néant. La même chose est tout à fait vraie de la divination. La différence entre les deux sciences n'est que la suivante : à savoir que plus de cerveaux ayant travaillé sur la première, nous avons appris à maîtriser ses astuces avec plus de succès que dans le cas de la seconde.

 

 

 

NOTES

 

 

(1) NDAC : I.e. en règle générale. Il peut bien sûr être grandement modifié à ces égards.

(2) NDAC : Le véritable Berkeley n'affirma rien de tel : nous faisons ici référence à un animal imaginaire inventé par le Dr Johnson, hors de la ferme ignorance Britannique.

(3) NDAC : Nous n'affirmons pas que la résistance électrique ou les lois économiques soient irréelles car ne pouvant être directement perçues par les sens. Notre doctrine magique est universellement acceptée par les sceptiques - seulement ils veulent faire de la Magick elle-même une exception!

(4) NDAC : Ceci parce qu'il existe une certaine correspondance inévitable entre les plans; comme par exemple entre le foie d'un Anglo-Indien et son tempérament. La relation n'apparaît "vague et indéterminée" qu'uniquement dans la mesure où l'on ignore les lois y présidant. Situation analogue à celle du chimiste avant la découverte de la loi de Lavoisier, etc.

(5) NDT : OU MH, la devise de Crowley comme Adeptus Exemptus (7° = 4a) dans l'A...A....

(6) NDAC : Consulter le Liber 418, 3ème Ether.

(7) NDAC : Voir Infra et en Appendice.

(8) NDT : Crowley a écrit ici "Toshosophists", manifestement au lieu de "Theosophists". "Tosh" signifie bêtises, blague(s).

(9) NDAC : Anna Kingsford, pour autant que son bon travail soit concerné, n'était que la bénie-oui-oui d'Edward Maitland.

(l0) NDAC : Principia Mathematica de l’honorable Bertrand Russell peut être considéré comme "se situant au-delà" du School Arithmetic de Colenso ; mais l'on peut sortir le premier livre des rayons de sa bibliothèque - comme chacun devrait le faire et l'entamer sans avoir à tout d'abord relire intégralement le second.

(11) NDAC : TEITAN = 300 + 5 + 10 + 300 + 1 + 50 = 666.

(12) NDAC : Dans un autre sens, plus élevé, il apparaît que la Nature est absolument juste, tout le temps. La situation est la suivante : le Magicien se découvre emprisonné dans une Nature d'Iniquité, déformée ; et sa tâche consiste à dénouer cette intrigue. Tout ceci doit être étudié dans Le Livre de Sagesse ou Folie ( Liber ALEPH, CXI ) et dans l'édition du Tao Teh King qu'a livrée le Maître Therion. Une note brouillonne de Son Journal Magique est ici reproduite :

"Tous les éléments ont dus à une époque être séparés - ce serait le cas avec une grande chaleur. Alors, lorsque des atomes pénètrent dans le soleil, lorsque nous pénétrons dans le soleil, nous retrouvons cette chaleur immense, extrême, et tous les éléments sont à nouveau eux-mêmes. Imaginons que chaque atome de chaque élément possède la mémoire de chacune des aventures vécues lors de ses combinaisons. Ceci dit, cet atome (fortifié par cette mémoire) ne serait plus le même atome ; cependant il l'est, car il n'a rien acquis, nulle part, à l'exception de cette mémoire. Donc, par le laps de temps et la vertu de la mémoire, une chose pourrait devenir quelque chose de plus qu'elle-même ; et une véritable évolution serait ainsi rendue possible. L'on peut alors concevoir la raison pour laquelle un élément déciderait de subir une série d'incarnations ; car ainsi et seulement ainsi peut-il aller; et il tolère l'amnésie advenant durant ces incarnations car il sait qu'il les traversera inchangé.

"Par conséquent, l'on peut avoir un nombre infini de dieux, spécifiques mais égaux tout en étant différents, chacun étant suprême et totalement indestructible. Là réside aussi l'unique chance d'expliquer pourquoi une entité pourrait créer un monde dans lequel la guerre, le mal, etc., existent. Le mal n'est qu'une apparence car (comme le bien) il ne peut affecter la substance elle-même mais seulement multiplier ses combinaisons. Il s'agit de quelque chose comme le monothéisme mystique, mais l'objection à cette dernière théorie est que Dieu devant alors créer des choses faisant toutes partie de lui-même, leur interaction serait fausse. Si nous présupposons plusieurs éléments, leur interaction est naturelle. Ce n'est pas objecter à cette théorie que demander qui créa les éléments - les éléments sont au moins là et Dieu, lorsque vous le cherchez, est absent. Le théisme est obscurum per obscurius. Une étoile mâle est bâtie depuis le centre vers l'extérieur ; une étoile femelle de la circonférence vers l'intérieur. C'est ce qui est signifié lorsque nous disons que la femme n'a pas d'âme. Ceci explique pleinement la différence entre les sexes."

(13) NDAC : En réalité, ils ne le peuvent pas. Les plus qualifiés sont les moins certains d'avoir saisi avec exactitude l'acception de leurs collègues, d'où qu'en critiquant leurs écrits mutuels, ils se fassent souvent un devoir de s'excuser en cas d'éventuel malentendu.

(14) NDT : Allusion aux fameux "oracles Chaldaïques".

(15) NDAC : Presque tous les astrologues professionnels sont des ignares dans leur propre discipline - comme dans toutes les autres. L’exemple classique en est Evangeline Adams de New York. Il n’existe pas de pratiquant ayant plus de succès ou étant plus frauduleux.

(16) NDAC : Ces deux sujets peuvent être étudiés dans plusieurs articles parus dans divers numéros de The Equinox.

(17) NDAC : Il est facile d'apprendre à quelqu’un les Principes Généraux de l'exégèse ainsi que les doctrines essentielles. Il y a un vaste corps de connaissance commun à tous les cas ; mais ce n'est là rien de plus que la base sur laquelle l'étudiant doit ériger sa Recherche originale.

(18) NDAC : Cela ne veut pas dire qu'ils soient malicieux. Ils possèdent leur propre fierté dans leur office d'oracles de la Vérité ; et ils refusent d'être profanés par la contamination d'intelligences inférieures et impures. Un Magicien dont la recherche est totalement en accord avec sa Neschamah ( intuition ou aspirations supérieures ) les trouvera lucides et fiables.

(19) NDAC : Les élémentaux malins ou farceurs évitent instinctivement l'austère sincérité de Figures telles Fu et King Wen.

(20) NDAC : L'évidente lourde sanction de l'erreur renforcerait l'obstination de la mule.

(21) NDAC : La pratique apprend bientôt à compter subconsciemment... oui, et voici de nouveau l'autre difficulté!

(22) NDAC : L'astronome lui-même doit admettre la possibilité d'une opposition. Il ne peut calculer la probabilité qu'à partir de faits déjà observés. Une force peut toujours contrarier le mouvement anticipé.

(23) NDT : Ville de Belgique qui connut de 1914 à 1918 un bombardement à peu près continu.

(24) NDAC : Aucune des intelligences à l'oeuvre dans le processus divinatoire n'est un Microcosme complet tel que l'Homme. Elles connaissent à la perfection tout ce qui relève de leur Sphère propre mais peu ou rien au-delà. Graphiel sait tout ce qu'il y a à savoir sur les questions Martiales comme aucun Homme n'en serait capable. Car même l'homme le plus Martial est limité à Madim du fait que Mars n'est qu'un élément dans sa molécule ; les autres éléments inhibent la concentration de leur collègue, et le voilent en insistant sur son être interprété par rapport à eux-mêmes. Aucune entité dont la structure n'inclut point l'Arbre de Vie en son entier ne peut prétendre à la Formule de l'Initiation. Graphiel, consulté par l’Aspirant à l'Adeptat, se bornerait à regarder le Grand Oeuvre comme une Pure question de Combat et ignorerait toutes autres considérations. Son avis serait absolu quant aux points techniques de cette sorte; mais cette authentique perfection conduirait l'Aspirant à une ligne de conduite déséquilibrée qui n'entraînerait qu'échec et destruction. Il est pertinent de mentionner à ce propos qu'il ne faut pas espérer une information absolue quant à ce qui va survenir. La "bonne aventure" est un abus de la divination. L'on peut tout au plus s'assurer de ce qui peut être raisonnablement escompté. La juste fonction du processus est de guider le jugement. Le diagnostic est assez fiable et l'on peut se fier aux conseils, généralement parlant; mais le pronostic doit toujours être prudent. Le fond de l'affaire réside dans la consultation de spécialistes.

(25) NDAC : Comme dit le poète; " Psyché, prends garde à la manière dont tu déplies Tes tours de parure pour Eros, ou bien fais-lui savoir que ces lèvres Lyriques haletantes d'amour, chuchotantes, couronnant Ses sourcils d'un or ensorcelant les sens, Sont également expertes dans la raillerie; Que ces mains caressantes pourraient bien Egalement gifler le bébé et lui tirer les oreilles!".

(26) NDAC : Sauf à New York City.

(27) NDAC : Surgit la question de savoir dans quel sens une réponse est vraie. Il ne faut pas mélanger les plans. Cependant, comme le démontre Bertrand Russell, op. cit. p. 61, les mondes qui se trouvent derrière les phénomènes possèdent certainement la même structure que le nôtre. "Chaque proposition ayant une signification communicable doit précisément incomber à cette essence d'individualité qui pour cette raison même ne relève pas de la science". Très juste, mais cela revient à confesser l'impuissance de la science à atteindre la vérité, et à admettre l'urgente nécessité de développer un dispositif mental plus efficace.

(28) NDAC : La principale différence entre une Science et un Art est que la première admet la mesure. Ses procédés doivent être susceptibles de l'application de normes quantitatives. Ses lois rejettent les variables aléatoires. La Science méprise l'Art pour son refus d'obéir à des conditions calculables. Mais même aujourd'hui, à la vaniteuse Ere Scientifique, l'homme dépend toujours de l'Art pour la plupart des questions qui lui sont d'importance pratique ; l'Art de Gouverner, celui de la Guerre, la Littérature, etc., .sont influents au plus haut point, et la Science ne fait guère plus que leur faciliter la tâche en rendant leurs matériaux mécaniquement dociles. Le plus extrême développement de la Science ne peut rien de plus qu'aménager la maison de l'Art. L'Art progresse en sensibilité et en force par un contrôle accru ou justesse automatique de ses détails. Le MAÎTRE THERION a fait date dans l'Art de la Magick en appliquant la Méthode Scientifique à ses problématiques. Son œuvre est une contribution de valeur unique, seulement comparable à celle de ces hommes de génie qui révolutionnèrent la conjecture empirique des "philosophes de la nature". Les Magiciens de demain seront armés avec théorie mathématique, observation structurée et pratique expérimentalement vérifiée. Mais leur Art demeurera comme toujours inscrutable dans son essence ; le talent ne supplantera jamais le génie. L'éducation est impuissante à générer un plus grand poète que Robert Burns ; la perfection des appareils de laboratoire prépare effectivement le chemin pour un Pasteur mais ne saurait transformer en maîtres des médiocrités.

 

"Of "Clairvoyance": and of the Body of Light, its Powers and its Development. Also concerning Divination," chapitre XVIII de "Magick in Theory and Practice" : première publication par Lecram Press

(Paris, 1929-30).

© Philippe Pissier pour la traduction française (5 rue Clémenceau,

F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER) & © Ordo Templi Orientis (JAF BOX 7666 / New York, NY 10116-4632 / USA)

pour le texte anglais.

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