GOLDEN DAWN
HISTOIRE, TECHNIQUE ET SURVIVANCE
Ce qui est fascinant quand on s'approche de l'Ordre
Hermétique de l'Aube Dorée
c'est de voir combien cette structure si brève - de 1887
à 1903 : à peine seize ans ! - a osé toucher à tous
les domaines de l'occultisme aussi bien occidental
qu'oriental, a effectué une gigantesque synthèse
d'enseignements contradictoires ou inusités, et a
influencé toutes les écoles du XX° siècle dans tout
le monde anglophone - et francophone. Des audaces
forgées par les chercheurs de la Golden Dawn sont
considérées comme paroles d'Evangile par nombre de
groupes ésotériques, soit issus directement de la
Golden Dawn parce que fondés par un ancien membre , soit
indirectement par la découverte de leurs travaux et
l'adaptation desdits travaux à leur recherche propre .
Nous allons voir tout d'abord quels sont les chercheurs
dont la GD a utilisé les découvertes ou les
affirmations ; puis nous verrons l'histoire de l'Ordre
proprement dit, et enfin les continuateurs de la GD et
son influence actuelle.
LES MAITRES-PASSES DE LA GOLDEN DAWN
Nous pourrons voir d'abord un théoricien de la magie
cérémonielle, Cornelius Agrippa, dont les travaux
furent centrés sur les analogies entre les objets, les
éléments, l'homme, et le cosmos. Agissant sur l'un
suivant certaines règles, on pouvait agir sur l'autre
par voie de sympathie et par l'union de tout en tout.
Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, (1486-1535) est un
homme qui occupe tour à tour de multiples fonctions
officielles, comme théologien, philosophe, linguiste,
juriste et astrologue, zigzaguant avec les chasseurs de
l'Inquisition qui veulent la tête de cet homme libre de
toute école. Ses livres sont une référence classique
sur les talismans et autres rituels de magie. Si le nom
de Paracelse (1493-1541) n'est pas inconnu de la GD,
c'est Agrippa qui est la base " incontournable
". Une autre base importante, bien que beaucoup plus
obscure, sera le système angélique mis au point par
John Dee,(1527-1608), savant gallois , à la suite de
révélations vues dans du cristal de roche par le
médium Kelly, visions que Dee prenait en notes. Il
explique trois magies : naturelle (par sympathie),
agissant sur l'élémentaire ; mathématique (nombres et
figures) pour le monde céleste ; et religieuse, agissant
sur le monde supra-céleste grâce à un système
kabbalistique basé sur les anges. Ce système comporte
une véritable langue nouvelle, avec grammaire, syntaxe,
symbolisme, seule adaptée aux anges qui peuvent venir
appelés par leurs vrais noms. Cela entraîne des
implications aussi énormes qu'illisibles, que Dee appela
" l'énochien ", en référence à Enoch qui
fut enlevé au ciel sans mourir . La magie énochienne
est l'un des piliers de l'enseignement secret de la GD.
De bons livres (en anglais) lui ont été consacrés , et
un jeu divinatoire a même été élaboré il y a peu de
temps afin de faciliter le travail évocatoire de
l'adepte. Bien entendu, les grands classiques de
l'alchimie (Corpus Hermeticus, la Fama Fraternitatis, la
Confessio Fraternitatis) et des grimoires (surtout les
Clavicules de Salomon et le Livre d'Abramelin le sage)
sont également utilisés, disséqués, remaniés et
réorganisés. La vogue suscitée par " Le Mage
" de Francis Barrett (1801) s'amplifie sans cesse,
malgré les bourdes dont il est truffé, au point que
Barrett fonde une association de magie, dont Montagne
Summers (1880-1948) et Frédérick Hockley furent
membres. Mais la France aura une grande part à
l'élaboration des rituels du futur Ordre : en effet,
l'une des références avouées de la GD est Papus,
conjointement avec Eliphas Lévi et Court de Gébelin.
L'ORDRE HERMETIQUE DE L'AUBE DOREE
Les références
Papus (1865-1916) commence à écrire en 1884, à 19 ans
! et son oeuvre écrite - comme son oeuvre occulte de
fondateur et de réunificateur de traditions diverses -
est suivie avec passion outre-Manche. Eliphas Lévi
(1810-1875) est considéré comme le Grand Kabbaliste du
siècle, et ses livres sont épluchés, décortiqués,
commentés avec fièvre. Il fait connaître Antoine Court
de Gébelin qui avait révélé les secrets du Monde
primitif en 1775 et qui avait redonné au jeu de tarots
colporté dans les campagnes ses lettres de noblesse. Les
efforts des rosicruciens parisiens (Stanislas de Guaita,
Joséphin Péladan) ressuscitent le vieux rêve de faire
renaître tous ces héritages oubliés spécifiquement
occidentaux, face à l'orientophilie grandissante due à
la Théosophie de Mme Blavatski : les Templiers et leurs
rites, les Rose+Croix et leur alchimie, les druides et
leurs secrets celtiques, les dieux égyptiens et la force
de leurs symboles, les mystères énochiens révélés à
John Dee et encore inexploités, la divination et la
communication avec l'Invisible comme sources de
connaissance ésotérique... Encore davantage activés à
Londres par les progrès foudroyants de la Société
Théosophique, révélant un monde invisible avec qui
converser, et les démonstrations du spirite Douglas-Home
, le projet devient de plus en plus " dans l'air du
temps ".
Les fondateurs
Il devait prendre naissance dans l'esprit de trois amis
francs-maçons qui étaient également membres de la
" Societas Rosicruciana In Anglia " (SRIA) : le
docteur William Wynn Westcott, (ami de Mme Blavatski,
lecteur de John Dee, et Grand-Maître de la Societas dès
1878) ; Samuel Liddel Mathers, qui se fera plus tard
appeler MacGregor Mathers, revendiquant une filiation
avec le clan écossais MacGregor ; et William Robert
Woodman leur ami. On notera dans la même Societas
Kenneth Mackenzie, admirateur de Eliphas Lévi qu'il
était allé rencontrer à Paris, et le docteur Felkin.
Tous ces noms vont vous devenir familiers, car c'est
autour d'eux, et d'une dizaine à peine d'autres noms,
que tout va s'édifier.
La fondation
L'une des légendes veut que le voyant Frédérick
Hockley, élève de Francis Barrett et professeur de
Mackenzie, meure en 1885, laissant derrière lui une
vaste bibliothèque, comportant notamment des manuscrits
chiffrés avec sans doute un code de la "
Polygraphie " de l'abbé Trithème, initiateur de
Cornelius Agrippa. Woodford, ami de Mackenzie, reçoit de
lui ces documents. Il n'est pas Maçon, mais connaît le
goût de Westcott pour les grimoires. Il lui passe les
textes, que Westcott refile à Mathers pour décodage.
Dans ces manuscrits, qui se révèlent être des notes
kabbalistiques en abrégé, Westcott trouve l'adresse
d'une rosicrucienne rattachée à la plus ancienne et la
plus sûre branche de la vraie Rose+Croix d'origine, Die
Goldenne Dammerung (L'Aurore Dorée) : Anna Sprengel, à
Nuremberg. Il la contacte aussitôt et obtient le droit
d'implanter une branche anglaise de l'Ordre de la
Rose+Croix sous le nom de The Hermetic Order de la Golden
Dawn, ce qui sera fait en 1887. Mathers est nommé
Imperator. Le premier Temple (équivalent d'une Loge
maçonnique) est ouvert en 1888 sous le nom
d'Isis-Uranie. Le recrutement est rapide parmi les
Frères de la Societas, mais l'Ordre est ouvert aussi aux
non-Maçons , et aux femmes . En 1891, Mathers annonce la
mort d'Anna Sprengel et la décision de continuer à
travailler en dehors du " troisième Ordre ",
la Rose+Croix allemande. La GD comportait alors un ordre
extérieur, et depuis 1892 deux Ordres intérieurs, où
se prenaient toutes les décisions concernant les rituels
et les axes de travail. C'est en 1891 que meurt Woodman.
Westcott et Mathers restent seuls dirigeants de l'Ordre.
Les noms secrets et les grades
La coutume des " nomen " en latin, langue
sacrée des rosicruciens, est établie : au grade de
Néophyte on choisissait un nomen. Les textes de l'Ordre
envoyés aux adeptes portaient comme signature les
initiales du nomen de l'auteur. Pour exemple, notons
celui de Mathers : Frater Deo Duce et Comite Ferro
(DDCF), celui de Westcott : Frater Sapere Aude (SA),
celui d'Anna Sprengel : Soror Sapiens Dominabitur Astris
(SDA). On sera frappé par la ressemblance avec les
coutumes de la Stricte Observance Templière d'Allemagne,
transformée en rite maçonnique dit " Régime
Ecossais Rectifié " par l'occultiste lyonnais
Jean-Baptiste Willermoz en 1785. La décoration des
temples et nombres d'accessoires ou costumes étaient
lourdement inspirés de l'Egypte ancienne, mis à part
les créations symboliques propres à la GD. Voici les
noms des grades de l'Ordre extérieur (Golden Dawn) :
Néophyte, Zélator, Theoricus, Practicus, Philosophus.
Dans l'Ordre intérieur (Ordo Rosae Rubae et Aurae
Crucis)(La Rose Rouge et la Croix d'Or), neuf mois après
la cérémonie du Portail ou du Voile du Temple, on
recevait le degré d'Adeptus Minor qui était subdivisé
en Zelator Adeptus et Theoricus Adeptus ; puis venaient
les grades d'Adeptus Major, et enfin d'Adeptus Exemptus.
Les chefs portaient, dans le Troisième Ordre, les titres
de Magister Templi, de Magus et enfin d'Ipsissimus.
Le contenu de l'enseignement
Voyons maintenant le panorama de ce que doit connaître,
ou expérimenter, ou approfondir, l'adepte de la Golden
Dawn, aidé en cela par des rituels stricts et des
calendriers astrologiques tatillons :
1) Au grade de Néophyte était donnée une vue partielle
de toutes les activités de l'Ordre, et des rituels
déjà importants comme le Signe de Croix Qabalistique et
le Rituel Mineur du Pentagramme .
2) Les autres degrés correspondent à l'Arbre des
Sephiroth, clef omniprésente dans la Golden Dawn à tous
les niveaux ; le Zelator correspond à Malkuth, le
Theoricus à Yesod, etc. Dans le premier Ordre les
travaux magiques ne sont guère développés ; on insiste
plutôt sur la connaissance de soi par des exercices
comme " le Pilier du Milieu " basé sur la
kundalini et l'arbre Séphirotique , l'introspection, les
visions dans des dessins appelés Tattvas suivant une
technique hindoue , la pratique de la Géomancie, du
Tarot, et l'apprentissage des bases théoriques de la
Qabal, de l'astrologie, etc. Les premiers principes de
l'imagination toute-puissante sont expliqués et mis en
action, principes qui seront à l'origine de toutes les
théories et méthodes de visualisation créatrice dont
le Nouvel Age est friand.
3) Dans le Second Ordre, la magie cérémonielle prend
une place prépondérante, le Tarot est utilisé d'une
autre manière, et l'Adepte est censé maîtriser de
nombreux rituels , savoir fabriquer et consacrer divers
objets, Bâton de Lotus , Rose+croix personnelle et
pantacles, savoir étudier le pourquoi et le comment des
rituels qu'il a subis autrefois dans le premier Ordre, et
entrer dans le monde énochien.
4) Le Troisième Ordre était uniquement en contact avec
les deux fondateurs ; il était surnommé " la
Grande Loge Blanche des Adeptes " et recevait ses
directives de " mahatmas " que Mathers
contactait, dans le plus pur style théosophique, par
clairvoyance, projection astrale, rendez-vous mystérieux
, ou interrogation " par l'anneau et le disque
" c'est-à-dire un pendule au-dessus d'un alphabet
circulaire. Le nom de " Troisième Ordre "
était aussi donné, par extension, aux Rose+Croix
allemands qui, en théorie, étaient leurs supérieurs...
ô combien inconnus !
La plupart des textes théoriques ont été publiés en
anglais. Le recueil d'Israël Regardie, membre de
l'Ordre, ne donne que les textes, peu commentés ; la
version française est bien expliquée par des membres
actifs de l'Ordre ; les publications de Waite ou de
Crowley portent la marque des remodelages dus à leurs
auteurs ; et de nombreux continuateurs, membres ou non,
tels Gareth Knight, Robert Wang, Gerald Schueler, Dion
Fortune, Moryason... se servent des techniques en les
adaptant parfois . Le chercheur qui voudrait opérer
concrètement devrait faire une rigoureuse synthèse de
ces différentes sources... ...A moins de recevoir
directement d'un vrai Adepte les enseignements oraux qui
accompagnent les textes . Et, bien sûr, chaque
continuateur se dit " seul détenteur de LA VRAIE
Golden Dawn " ! Mais n'anticipons pas.
Réfléchissons seulement sur des techniques aussi
diverses que divergentes, basées souvent sur des
phénomènes parapsychologiques subjectifs et des
traditions clairement affirmées, réunies ensemble pour
la première fois, le lien étant établi par des
constantes comme le Tarot, la Qabal, les arcanes
énochiennes... Une telle conflagration de pensées
diverses et passionnées ne pouvait qu'exploser, tant
pour des raisons humaines dues au développement de
l'orgueil inhérent à toute magie, que pour des raisons
purement eggrégoriques, dues au remaniement de rituels
et de structures au fur et à mesure que les
expérimentations de l'Ordre Intérieur (RR and AC) se
répercutaient sur l'Ordre extérieur (GD).
La faille
La faille se révèle au grand jour avec le départ du
Docteur Westcott en 1897. La Golden Dawn était ouverte
depuis dix ans. Le motif officiel du départ est le
suivant : ayant oublié dans un " cab " des
documents officiels de l'Ordre le mettant en cause,
Westcott fut sommé par les autorités anglaises de
choisir entre son poste de coroner (médecin légiste) et
son appartenance à l'Ordre. Des rumeurs sur de la magie
autour des cadavres ne permettaient pas un exercice
serein de ce métier à un adepte... On peut
légitimement supposer que le caractère autocratique de
Mathers fut pour beaucoup dans le choix final de
Westcott, fondateur de la première heure. Dégagé de
tout modérateur, MacGregor Mathers s'en donna à coeur
joie, régentant et décidant de tout. Qui pourra juger
si, sur le plan ésotérique, les décisions de Mathers
furent bonnes ou non ? Quoi qu'il en soit, les pleins
pouvoirs de l'Imperator commencèrent à énerver les
esprits - les esprits incarnés de ses co-adeptes. Avec
le départ de Westcott commence le déclin de l'Ordre en
tant que tel. Un des points qui soulevèrent la colère
des " rebelles " fut l'initiation dans l'Ordre
en 1898 d'un jeune magicien, Aleister Crowley, qui,
contre l'opposition des Frères et Soeurs, fut élevé au
degré d'Adeptus Minor (le plus haut grade concrètement
pratiqué dans l'Ordre Intérieur) par Mathers lui-même
au Temple " Ahathoor " de Paris le 16 janvier
1900. On a dit tant de mal de Crowley qu'il ne peut pas
être aussi noir que cela. Si sa vie personnelle fut une
succession de débauches sexuelles et de démesure, son
oeuvre écrite initiatique est passionnante, lucide et
équilibrée. Mais dans l'Angleterre victorienne, même
dans une société secrète où se promènent anges,
démons et entités, Crowley faisait figure de
réincarnation de Satan lui-même, légende qu'il
entretenait avec ce sourire moqueur qu'on lui voit sur
certaines photos, tirant sur sa pipe et aimant à faire
frissonner d'effroi les dames en chapeau à plumes...
La révélation de Mathers
Mais enfin une légende satanique se paie, et une actrice
célèbre, Florence Farr, la dirigeante du Temple
Isis-Uranie de Londres depuis avril 1897 donne sa
démission de son poste à Mathers. Et là, va se passer
une chose incroyable, un coup de tonnerre dans un ciel
serein : Mathers croit voir dans cette démission une
action souterraine de Westcott, et il répond à Florence
Farr une lettre, datée du 16 février 1900 depuis Paris,
que je traduis ici : " ...je ne peux vous laisser
monter une combinaison pour créer un schisme avec
l'idée de travailler secrètement ou ouvertement sous
les ordres de Sapere Aude (=Westcott) sous l'impression
fausse qu'il a reçu un pouvoir sur le travail du Second
Ordre par Soror Dominabitur Astris (=Anne Sprengel). Tout
cela donc me force à vous dire complètement (et
comprenez-moi bien, je peux prouver jusqu'à la garde
chaque mot que je dis ici, et plus encore...) et si je
suis confronté à SA je dirais la même chose, ne
serait-ce que pour l'amour de l'Ordre, et dans ces
circonstances qui voudraient un coup vraiment mortel à
la réputation de SA, je vous supplie de garder le secret
vis-à-vis de l'Ordre pour l'instant, bien qu'au fond
vous êtes parfaitement libre de lui montrer ceci, si
vous le jugez convenable après mûre réflexion. "
(Wescott) n'a JAMAIS été en communication, à aucun
moment, ni personnellement ni par écrit, avec les Chefs
Secrets du (Troisième) Ordre, il avait lui-même
contrefait - ou fait contrefaire - la prétendue
correspondance entre lui et eux, et ma langue ayant été
toutes ces années liée par un Serment du Secret prévu
à cet effet, prêté à lui, demandé par lui, à moi,
avant de me montrer ce qu'il avait fait, ou fait faire,
ou les deux. Vous devez comprendre que j'en dise peu à
ce sujet, vu l'extrême gravité de la chose, et à
nouveau je vous demande, aussi bien pour son amour que
celui de l'Ordre, de ne pas m'obliger à aller plus avant
sur ce sujet. " Mathers ne va pas jusqu'à nier
l'existence d'Anna Sprengel - qu'il confondit un temps
avec une aventurière, Loleta Jackson, alias madame
Horos, alias Swami Viva Ananda - mais le mot était
lâché : toute la caution rosicrucienne allemande était
un bluff, un énorme bluff, comme l'était d'ailleurs la
fantaisiste " Histoire de l'Ordre " du même
Westcott.
La chute de l'Imperator
Florence attend quelques jours, demande des explications
à Westcott qui nie calmement, regrettant que les
témoins de la première heure soient morts. Florence
alors divulgue la lettre de Mathers à tous les Adeptes
de Londres, qui élisent le 3 mars un Comité des Sept
chargé de demander des comptes à Mathers. Mathers
refuse fièrement de montrer quelque preuve que ce soit,
ne reconnaît aucune autorité au-dessus de lui si ce
n'est les dirigeants du Troisième Ordre. Le 23 mars, il
démet Florence Farr de ses fonctions ; le 29 mars, le
Second Ordre réuni en assemblée plénière destitue
Mathers et le chasse de la Golden Dawn, tous ordres
confondus. Mathers les menace de tous les châtiments
karmiques possibles, affirme qu'on ne peut le destituer
sans son accord à cause de liens magiques. Crowley le
rejoint à Paris, se heurte à la sécession du temple
Ahatoor, et organise avec Mathers un véritable "
duel de sorcellerie " entre eux et les "
rebelles ". Il est dramatique de voir un esprit
aussi vaste que celui de Mathers sombrer dans cette
guerre des chefs pour un pouvoir qui s'effrite de toute
façon. Chaque Temple se pense seul détenteur des "
vrais " rituels, puisque leurs expériences
personnelles ont été positives (et elles étaient
logiquement positives, vu le magnifique travail des
fondateurs sur les rituels). En plus, chaque Frater ou
Soror ayant une expérience différente - de par la
visualisation des Tattvas entre autres - se sent investi
du devoir de " sauver la véritable Golden Dawn
". Ce phénomène d'éclatement fut précipité par
l'existence de groupes de travail secrets au sein même
de l'Ordre, existence voulue par Mathers dès 1897 aux
fins d'approfondissement des connaissances acquises.
Florence Farr avait ainsi fondé un groupe nommé "
La Sphère ". Entre alors en scène William Butler
Yeats, (1865-1939) Irlandais, futur prix Nobel de
littérature en 1923. Après avoir été dirigeant de
Isis-Uranie, il quitte l'Ordre en 1901, la même année
que le procès de Théo Horos et de sa femme pour
escroquerie et délits sexuels, procès où le nom et les
pratiques de la Golden Dawn furent mis en cause avec
l'amplification déformante que vous devinez, et surtout
la publication de morceaux de Rituel du Néophyte où le
serment prononcé par le récipiendaire fut considéré
comme un blasphème. L'effet démoralisant sur les
adeptes de l'Ordre extérieur accentua les ravages de la
guerre des chefs... En 1902, le Second Ordre se donna un
triumvirat pour le diriger : PW Bullock, vite remplacé
par le docteur RW Felkin ; MW Blackden, égyptologue, et
JW Brodie-Inner.
L'éclatement de la Golden Dawn
Ils eurent à lutter dès le départ contre Arthur Edward
Waite, qui, à la tête d'un groupe d'adeptes, veut
modifier le système de direction, pour des raisons qu'il
expose en 1903 : être calife à la place du calife, puis
faire abandonner toute magie à L'Ordre, réviser tous
les rituels, et tout cela pour une bonne raison : Waite
affirme que le Troisième Ordre n'existe pas. Waite et
Blackden fondèrent alors leur propre Ordre, avec un
temple qu'ils appelèrent Isis-Uranie comme le premier
temple de la Golden Dawn . Brodie-Inner rend son temple
d'Edimbourg indépendant. Felkin réagit par un acte
magique : il abolit le nom de " Golden Dawn "
et lui donne le nom de " Stella Matutina ".
C'est cette branche qui est le successeur légal (et
spirituel ?) de l'Ordre Hermétique de la Golden Dawn.
C'est sous ce nom que Dion Fortune ou Israël Regardie
connaîtront l'Ordre. Nous sommes en 1903. L'histoire de
l'Ordre est finie : commence celle de ses héritiers.
LES CONTINUATEURS
La Golden Dawn eut quasi autant de successeurs que
l'ordre Martiniste de Papus, tout en ayant la branche
d'origine qui survit parallèlement à ses imitateurs.
Crowley
L'un des plus célèbres continuateurs de l'esprit de la
GD est bien sût Crowley. Après avoir fondé son Ordre,
Astrum Argentinum, il reçoit les patentes de l'Ordo
Templis Orientiis lors d'un de ses nombreux voyages
orientaux - d'où il rapporte aussi des yogas. L'un des
dessins fondamentaux de l'OTO représente un ovale
contenant en haut un oeil à l'égyptienne, au milieu une
colombe bec en bas, et en bas une Coupe enflammée
frappée de la croix templière. Il eut de fréquents
contacts avec Rudolf Steiner, qui se trouva imprégné de
Golden Dawn pour nombre de ses théories sur l'au-delà.
Aleister Crowley mériterait un article à lui tout seul.
Disons pour abréger qu'il reformula suivant ses propres
calculs le corpus de la Golden Dawn, et que ses
opérations sont plus historiques qu'imitables. Il meurt
en 1947. Les successeurs de Crowley quant à l'esprit se
révèlent lors de la publication en 1969 de son Tarot
peint sur ses ordres par lady Frieda Harris. Un dessin
résolument hypermoderne, où le génie de Crowley se
lance sans frein. Ses Mineures sont quasi-abstraites,
mais sont accompagné d'un mot-clef explicatif. On peut
alors suivre à la trace l'influence de Crowley de jeu en
jeu, ou d'école en école - comme dans L'Ecole des
Serviteurs de la Lumière, pour qui Anthony Clark et sa
femme Elisabeth Jo Gill firent un tarot en commun, puis
firent chacun un jeu entier.
Dion Fortune
Violet Mary Firth, (Soror Deo non Fortuna, d'où vient
son pseudo de plume) entra à Stella Matutina en 1919, au
Temple Alpha-Oméga. En 1924 elle fonde la Fraternity of
the Inner Light, qu'elle dirige jusqu'à sa mort en 1946.
Son oeuvre écrite est vaste et passionnante. En France
elle est surtout connue pour " La Cabale Mystique
" (Londres 1935 ; Adyar, éditions de la S.T. à
Paris, 1937). Gareth Knight en fit partie, et ses deux
livres sur la Qabal (éd. Ediru) portent la marque de
l'enseignement reçu.
Le Tarot
Suivre la Golden Dawn à la piste du Tarot est bien plus
facile en effet :
Waite en 1910 donne sa version dessinée des arcanes
décrits dans " le livre T " de la Golden Dawn,
le " Rider tarot ". et l'accompagne d'un livre
où il en dit trop ou pas assez. la particularité de ce
jeu c'est que, contrairement au livre T, les Mineures
sont des petites scènes illustrant le principe qui leur
est attaché. Mais pas de mot-clef, pas d'alchimie
visible ni de Qabal partout : le mysticisme de Waite se
dégage de toute magie. A partir du livre et du jeu, puis
à partir du Livre T quand il commença à être diffusé
sous le manteau, de nombreuses créations s'épanouirent,
jusqu'aux auteurs récents comme le jeu de
Hanson-Roberts, de Salvador Dali ou de la Rose sacrée...
...tandis que celui de Crowley inspirait Barbara Walker,
spécialiste de la magie féminine, l'allemand Haindl,
Gill, Clark, ou l'italien Mario ------- dans son "
Tarot des Ages "... Des tentatives à partir du
livre T lui-même donnèrent naissance au jeu de Robert
Wang, supervisé par Israël Regardie, au jeu de Gareth
Knight, au jeu de Geoffroy Dowson, au jeu très fidèle
de Sandra Tabatha Cicero... Paul Foster Case, membre de
l'Ordre, fonde le BOTA (Builders of Adytum), où chacun
doit peindre son jeu lui-même, d'après le livre de Case
; le dessin diffère légèrement de Waite, et a les
Mineures abstraites.
LE BILAN
Que dire aujourd'hui de cette comète fulgurante qui
traversa la fin du siècle avec tant de lumière et de
force avant de disparaître consumée par ses propres
flammes ? Son influence, officielle ou cachée,
revendiquée ou inconsciente, est énorme. Tous les
livres de Kabbale ésotérique viennent d'elle. Sa propre
vision de la Qabal, retravaillée par-dessus les
distorsions de Eliphas Lévi et de Papus, diffère
parfois de l'orthodoxie du Sepher Yetsira, du Bahir et du
Zohar, mais elle s'impose aux non-juifs par sa clarté et
son aspect pratique. Tous les livres de magie ont pillé
ses rites et ses correspondances, qu'ils l'avouent ou
non. Toute étoile à cinq branches puise son sens actuel
dans la Golden Dawn, et tout emploi de son tracé est
basé sur ses rituels. Tous les rituels non maçonniques
s'inspirent de l'élégante simplicité de ses
cérémonies, où la visualisation est reine. Nombre de
techniques de bien-être ou de connaissance de soi ou de
" yoga des énergies " ou de science des
cristaux viennent de ses expériences et de ses
exercices. C'est par elle que la Géomancie n'est pas
tombée dans l'oubli, et que le Tarot, surtout à partir
de la version de Waite publiée en 1910, est redevenu le
LIBER MUTUS cent fois redessiné, cent fois recréé, et
qui ouvre toutes les portes.. Remonter aux sources de
Piobb, de Corneille Agrippa, de Le Nain ou des papyrus
des musées oblige, au passage, à " jeter un coup
d'oeil sur ce qu'en ont fait les types de Londres ".
Le rêve fou des trois amis reste dans l'aventure de la
pensée comme une des plus fantastiques explorations qui
ait jamais été réalisée. Qu'ils soient pour nous un
modèle dans leur audace et leur beauté, et que nous ne
retenions que cela.
M.F.T.
Copyright : Revue " La Parole Circule "
Brève Bibliographie
Livres
Les textes :
The Golden Dawn, as revealed by Israel Regardie, 6me
édition avec index, Llewellyn's editions, St Paul
Minnesota, USA.
Astral projections, ritual magic and alchemy by Mathers
(Flying rolls) edited by F. King, Destiny Book, Rochester
(Vermont).
The Book of Thot, by Aleister Crowley, éd Weiser, York
Beach (Maine)
Dictionnaire de l'Esotérisme, Riffard, Bouquins Robert
Laffont.
Collection Histoire et rituel de la Golden Dawn, trois
volumes parus chez Télétès.
Tarot divination, (extrait de Equinox, volume 1, numéro
8) by Crowley, ed.Weiser.
The Key to the Tarot, by Waite, éd Rider Oeuvres de
Papus, éd Dangles - et d'Eliphas Lévi.
The Tarot, by Paul Foster Case
Histoire et analyses
Modern Ritual Magic, the rise of western occultism, by
Francis King,(ex-Ritual Magic in England) 1970, Prism
Press, GB. The Enochian tarot (book and deck) ; Enochian
magic, by Gerald Schueler, éd. Llewellyn's
Initiation aux secrets de la magie, par Regardie éd
Amarande Montréal
What you should know about the Golden Dawn, by Regardie,
Falcon press
An introduction to the Golden Dawn Tarot, by Robert Wang,
Weiser The One-Year Manual, by Regardie, éd Weiser
The Magicians of Golden Dawn, by Ellic Howe.
Magie, par Francis King, éd du Seuil, 1975
Oeuvres de Gareth Knight (qabal)(Ediru)
La Cabale mystique, de Dion Fortune (Adyar) etc !....
Jeux de tarot inspirés par la GD
(en général avec leurs companion book)
The Crowley Tarot deck
The Gareth Knight deck
The Rider tarot
The Golden Dawn Tarot Deck by Robert Wang
the Enochian tarot
The Hermetic Tarot by Geoffrey Dowson
the Haindl tarot
The Magickal Tarot by Anthony Clark
The Gill tarot
The Servants of Light Tarot
The New GD Ritual Tarot par Sandra Tabatha Cicero The
tarot B.O.T.A.
The Barbara Walker Tarot
The Old Path tarot, établi par la WICCA
... et bien d'autres !

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