TITRE : LE THÉÂTRE DE L'ASTRONOMIE
TERRESTRE
Extrait de : LES ÉCRITS ALCHIMIQUES
D'EDWARD KELLY
Auteur : Edward Kelly
Traduction : Phillipe Pissier
Copyright: © Editions Ramuel, 1995
ISBN 2-910401-21-9
"Cette édition est la traduction
française des "
Alchemical Writings of Edward Kelly ", publiés en 1893
à
Londres par James Elliott & Co. Le texte était
traduit d'une
édition parue à Hamburg en 1676, et avait
été augmenté d'une
préface biographique due à A.E.Waite."
LE THÉÂTRE
DE L'ASTRONOMIE TERRESTRE
De
nombreux livres ont été
rédigés sur l'art de
l'Alchimie, lesquels, en vertu de la multiplicité de leurs
allégories, énigmes et paraboles,
égarent et déconcertent
tous les étudiant sérieux; et la cause de cette
confusion est
le grand nombre et la non moins grande diversité de noms qui
tous signifient et mettent en avant une seule et même chose.
Pour cette raison, je me suis décidé à
démêler et défaire
tous les noeuds difficiles des anciens Sages. Je parlerai tout
d'abord des inventeurs et restaurateurs de cet Art;
deuxièmement, de la conversion réciproque des
éléments, et de
la manière dont est engendrée la substance des
métaux par la
prédominance d'un élément;
troisièmement, je montrerai
l'affinité et l'homogénéité
des métaux, engendrés dans les
entrailles de la terre, leurs sympathies et antipathies, suivant
la pureté et impureté de leurs Soufre et Mercure;
et que
puisque les métaux se composent de Soufre et de Mercure, ils
peuvent nous fournir la matière première de
l'Élixir; 4°, la
préparation de l'eau Mercurielle; 5°, la conversion
du Mercure
préparé en terre Mercurielle; 6°,
l'exaltation de l'eau
Mercurielle; 7°, la solution de l'or par l'eau Mercurielle;
8°,
la préparation de l'eau ou Lune des Sages; 9°, la
conjonction
du soleil et de la lune; 10°, la noirceur, ou Tête du
Corbeau,
grâce à laquelle la solution et copulation du
Soleil et de la
Lune toutes deux s'effectuent; 11°, la queue du paon;
12°, la
Teinture blanche; 13°, le parfait Élixir rouge. Cet
Art étant
donné par Divine inspiration, et comme un secret
révélé d'En
Haut, nous implorons l'aide de Dieu à chaque
étape de notre
oeuvre, la plus importante comme la moins conséquente, car
Lui
seul possède le pouvoir d'offrir ou refuser cette
connaissance
à qui Il lui plaît. Aucun autre que Dieu seul ne
peut se
glorifier de pouvoir ouvrir les yeux et dissiper les
ténèbres
des mystères naturels, de sorte que bien que vous ne
puissiez
comprendre les choses les plus évidentes sans Son aide, vous
pénétrerez toutefois les Arcanes les plus obscurs
s'il vous
dispense la lumière. Je vais maintenant parler des hommes
illustres qui, avant et après le Déluge, ont
découvert et
instauré l'Art chymique.
CHAPITRE PREMIER
Des Inventeurs et Restaurateurs
de cet Art.
Tous
les Sages admettent que la connaissance de cet Art fut
tout d'abord transmise à Adam par l'Esprit Saint, et Il
prophétisa, avant comme après la Chute, que le
monde devrait
être renouvelé, ou plutôt
purifié, par l'eau. Ses successeurs
érigèrent en conséquence deux tables
de pierre sur lesquelles
ils gravèrent un abrégé de tous les
arts physiques, afin que
cet arcane puisse être connu de la
postérité. Après le
Déluge, Noé trouva l'une de ces tables au pied du
Mont Ararat.
D'autres disent que la connaissance de cet Art fut restaurée
par
Hermès Trismégiste, dont l'esprit
était un trésor de tous les
arts et toutes les sciences; et les alchimistes sont toujours
nommés fils d'Hermès. Bernard de
Trévise affirme que ledit
Hermès vint dans la vallée d'Hébron et
là trouva sept tables
de pierre, sur lesquelles avait été
gravé avant le Déluge un
résumé des sept Arts libéraux; car ce
même Hermès
prospérait avant comme après le
Déluge, et on l'identifie à
Noé. Puis cet Art trouva son chemin jusqu'en Perse,
Égypte et
Chaldée. Les Hébreux le nommèrent
Cabbale, les Perses Magie et
les Égyptiens Sophia, et il était
enseigné en même temps que
la Théologie dans les écoles; il était
connu de Moïse,
d'Abraham, de Salomon, et des Mages qui vinrent de l'Est visiter
le Christ. La Magie tire son origine de la doctrine du Divin
Ternaire et de la Trinité de Dieu. Car Dieu a
estampé et
scellé toutes choses créées de ce
caractère de Trinité,
comme une sorte d'écriture hiéroglyphique, au
moyen de laquelle
Sa propre nature puisse être connue. Car le chiffre 3 et le
chiffre magique 4 donnent le chiffre parfait 7, siège de
nombreux mystères. Et considérant que le
Quaternaire repose sur
le Ternaire, il s'agit d'un chiffre qui se tient à l'horizon
de
l'éternité, et dévoile tout ce qui en
nous est lié à Dieu,
incluant donc Dieu, les hommes, et toutes choses
créées ainsi
que tous leurs mystérieux pouvoirs. Ajoutez trois et vous
obtiendrez dix, qui marque le retour à l'unité.
Par cet arcane
se conclut toute connaissance des choses cachées que Dieu,
par
Sa parole, a révélées aux hommes qui
avaient Sa faveur, afin
qu'ils puissent avoir une véritable conception de Lui. Et
voici
la figure nommée sphère du Ciel.

Ladite
sphère se compose d'un cercle, cercle
représentant la
Trinité de la Déité dans
l'unité, Dieu avec trois têtes et
une couronne, surmonté par un triangle, entouré
d'un
arc-en-ciel, avec plus haut le soleil et la lune. La
première
couleur de l'arc-en-ciel, sur lequel Dieu est assis, est le noir,
avec le signe de Saturne; la seconde est brun sombre, avec le
signe de Jupiter; la troisième rouge, avec le signe de Mars;
la
quatrième verte et jaune, avec le signe du Soleil; la
cinquième, verte, avec le signe de Vénus; la
sixième jaune,
verte, blanche et rouge, avec le signe de Mercure; la
septième,
d'un gris argenté, avec le signe de la Lune, et du jaune
dessous.
Ses
pieds sont placés sur le globe terrestre, où se
trouvent
des animaux et des collines, ainsi qu'un homme blanc et brun dont
les yeux sont bandés - et entre les pieds de ce dernier se
tient
un oeuf.
CHAPITRE SECOND
De la Conversion
Réciproque des Éléments;
comment un élément prédomine sur un
autre;
d'où qu'est engendré la substance des
métaux.
Geber,
Morien, et d'autres Sages ont déclaré que la
conversion d'un élément en un autre
était une opération très
nécessaire à la composition de la Pierre:
convertissez les
éléments, et vous obtiendrez ce que vous
cherchez. Il existe
quatre éléments, l'air, l'eau, le feu, la terre,
et leurs
quatre qualités, le chaud, le froid, l'humide et le sec.
Deux
sont actifs, l'air et le feu, et deux sont passifs, l'eau et la
terre. Deux sont légers, et deux sont lourds. Deux
qualités
contradictoires ne sont unies que par le fait d'une
troisième.
Le chaud et le sec ne sont pas contradictoires, et forment donc
l'élément air; le froid et le sec ne sont pas
contradictoires,
et donnent la terre; pas plus que le froid et l'humide qui
constituent l'eau: mais le chaud et le froid ne s'unissent que
par le biais d'un agent intermédiaire, à savoir
le sec, car
autrement ils se détruisent l'un l'autre. D'où
que chaud et
froid soient unis et séparés par la constriction
et
l'humectation; simple génération et naturelle
transmutation
sont dues à l'opération des
éléments. Car ces éléments
qui
conquièrent l'or engendrent ce qui est chaud. Il est clair
que
toutes choses sont engendrées par la chaleur et le froid; et
tous les éléments doivent appartenir au
même genre, sinon ils
ne pourraient agir l'un sur l'autre. Après avoir
créé la
matière des métaux, à savoir le
Mercure vivant, la Nature lui
ajoute une qualité active. Car Mercure, la substance, ne
pourrait de lui-même manifester ses effets, et la Nature lui
allie sagement un type actif de terre minérale, huileux et
gras,
épaissi par une longue digestion dans les cavernes
minérales de
la terre, qu'on appelle communément Soufre. Ce Mercure n'est
toutefois pas le métal commun, mais le principe et l'origine
des
métaux. Le Mercure est la matière, le Soufre la
forme des
métaux, chaleur naturelle agissant sur la matière
du Mercure,
comme sur un objet adéquat et parfaitement adapté.
L'image
représente un rocher noir, au sommet duquel se tient
Saturne le noir; Jupiter, le roi blanc; Mars, le soldat rouge; le
Soleil, avec une tête dorée et un cou vermeil;
Vénus, en robe
verte; Mercure, avec un casque, ainsi qu'une toge rouge, verte,
pourpre, blanche, jaune, ocre et noire, et des ailes jaunes,
rouges et bleues; la Lune blanche et noire.

Dans
la noire plaine se tient Mercure aux nombreuses couleurs,
la Lune avec le signe sur
la tête, et le Soufre de chaque
côté de Mercure est signifié par le
terme Hermaphrodite; les
quatre éléments aux quatre coins soufflent sur
l'endroit où se
tiennent Mercure et la Lune.
CHAPITRE TROISIÈME
De l'Affinité
Homogène des Métaux
engendrés dans les entrailles de la Terre;
Harmonie et Antipathie des Qualités Métalliques.
Les Métaux se composent de Mercure et de Soufre,
et nous fournissent la substance première de
l'Élixir.
Les
diverses conversions des éléments qui produisent
la
matière première des métaux viennent
d'être décrites. Nous
devons maintenant traiter de la nature desdits métaux. Plus
clair encore que la lumière du jour est le fait qu'il existe
sept planètes, sept jours, sept métaux et sept
opérations. Les
métaux sont nommés d'après les
planètes, en raison de leur
influence et de leurs mutuelles relations. Les principes
minéraux sont le Mercure vivant et le Soufre. A partir de
ceux-ci sont engendrés tous les métaux et tous
les minéraux,
dont il existe diverses sortes, possédant diverses natures,
selon la pureté et l'impureté du Mercure et du
Soufre,
entraînant la pureté ou impureté du
métal engendré. L'Or est
un corps parfait, doté d'un Mercure rouge pur et clair, et
d'un
Soufre pur, fixé, rouge et incombustible. L'Argent est un
corps
pur, approchant de très près la perfection,
doté d'un Mercure
blanc pur, clair et fixé, et d'un Soufre du même
genre; il
manque un peu de fixation, de couleur, et de poids. L'Étain
est
un pur corps imparfait, doté d'un pur, fixé et
non fixé, clair
Mercure blanc à l'extérieur, et Mercure rouge
à l'intérieur,
avec un Soufre du même genre. Le Plomb est un corps imparfait
et
impur, doté d'impurs, non fixés, terrestres,
blancs et fétides
Mercure et Soufre à l'extérieur, et d'un Mercure
rouge à
l'intérieur, avec un Soufre de même
qualité. Le Cuivre est un
corps imparfait et impur, doté de Soufre et Mercure rouges
qui
sont impurs, non fixés, malpropres et combustibles. Cela
manque
de fixation, de pureté et de poids bien qu'abondant en
couleur
impure et combustible terrestréité. Le Fer est
doté d'impurs,
imparfaits, excessivement fixés, terrestres, ardents Soufre
et
Mercure blancs et rouges, manque de fusion, de pureté et de
poids, abondant en Soufre impur et fixé ainsi qu'en
combustible
terrestréité. La Nature transmue les
éléments en Mercure, de
même que le Soufre transmue la première
matière. La nature de
tous les métaux doit être la même, car
leur première
substance est la même, et la Nature ne peut faire qu'une
substance manifeste quelque chose qui ne serait
déjà en elle.

L'image
représente un rocher noir sur lequel se tiennent,
main dans la main, les planètes :1, le noir Saturne qui
tombe;
2, Jupiter; 3, Mars; 4, Mercure aux nombreuses couleurs; 5,
Vénus en robe verte, ainsi que le Soleil et la Lune. Plus
bas,
sur le noir rocher, se tient un vieil homme qui à l'aide
d'un
pic casse un bout de roche, c'est pourquoi Saturne tombe, et
près de lui gisent, comme morts, Jupiter et Saturne.
CHAPITRE QUATRIÈME
De la Préparation de
la Terre Mercurielle.
Sache
qu'à partir de tous les métaux une parfaite
Médecine
peut être obtenue, pouvant transmuer les métaux
qui restent en
or et en argent; car à partir de métaux parfaits
tu peux
obtenir, par juste séparation des
éléments, le Sel de Nature,
ou Minerai des Philosophes, que certains nomment Lis
Philosophique, sans lequel l'oeuvre des Sages ne saurait être
accomplie. Car l'Art présuppose une substance
créée par la
Nature seule, dans laquelle l'Art assiste la Nature et la Nature
assiste l'Art.

L'image
nous montre un vase semblable à un urinal,
encerclé
à sa base par un anneau de paille torsadée;
à l'intérieur
sont Mercure, Mars et Saturne, couchés sur le dos, et un
vieil
homme est sur le point d'y jeter Vénus et Jupiter.
Derrière le
vieil homme, sur le rocher noir, se tiennent le Soleil et la
Lune.
CHAPITRE CINQUIÈME
De la Conversion du Mercure
Préparé en terre Mercurielle.
Les
Métaux, comme affirmé
précédemment, contiennent un
sel, duquel le feu et la sagacité de l'artiste peuvent
extraire
une eau que les Sages nomment eau Mercurielle, lait de la Vierge,
Lunaire, rosée de Mai, le Lion Vert, le Dragon, le Feu des
Sages. Cette eau Mercurielle, ils l'ont comparée
à la corrosive
eau-forte, car de même que ces eaux à base
d'atrament, d'alun,
de cuivre, d'arménite, etc, corrodent les métaux
et les
dissolvent, ainsi cet esprit Mercuriel, ou eau, dissout son corps
et en sépare la Teinture.

L'image
représente une colline où se trouvent plusieurs
arbres; au pied de la colline l'on voit un lion jaune allaitant
un lion vert.
Il y a
un fourneau dans lequel se trouve un vase en forme de
potiron (une cucurbite), depuis lequel des serpents bleus gagnent
l'alambic et sont recueillis par un vieil homme qui semble sur le
point de l'emporter.
CHAPITRE SIXIÈME
De l'Exaltation de l'Eau
Mercurielle.
Les
anciens Sages ont parlé de la composition du Lion Vert ou
Dragon, émanant des sept Planètes, dans un style
saturé de la
ténèbre nocturne elle-même; mais au
lieu de vainement
m'efforcer de défaire leurs noeuds Gordiens, je vais tenter
d'esquisser sa composition par quelques traits de ma plume. Il
est engendré par les influences subtiles descendant dans les
éléments; puis sa substance est
dispersée dans les cieux, son
atelier est dans les nuages, et de nouveau il redescend dans sa
terre, avec eau de pluie et une blanche vapeur, recevant ainsi la
puissance des choses d'En Haut comme des choses d'en bas; il est
nourri de son propre corps, mangeant ses ailes et queue à
l'aide
de ses dents, le corps tout entier étant avalé
par la tête, et
y demeurant pour toujours. C'est l'incomparable et caché
trésor
de tous les Sages, qu'aucun ne peut obtenir sans l'enseignement
d'un Maître, ou par la révélation de
Dieu qui, dans Sa bonté,
le révèle à qui Il veut.
Un
vieil homme se tient près d'un vase, semblable à
un
urinal, dans lequel un Dragon Vert dévore des serpents
bleus.
Au-dessus du Dragon se trouve le signe de Mercure, jaune, vert,
bleu, noir et rouge. Au-dessus de l'urinal est un Dragon Vert se
mordant la queue.

Près
de l'urinal, un Lion Vert arrache d'un coup de dents un
morceau du dos d'un Lion Rouge, de sorte que le sang coule à
terre. En arrière-plan se trouvent forêts et
collines.
CHAPITRE SEPTIÈME
De la Dissolution du Soleil
avec l'Eau
Mercurielle.
Il
faut remarquer à ce stade que la Teinture ne saurait
être
trouvée ailleurs qu'en l'or. Ceci peut être
compris grâce à
la parabole de Bernard, qui dit que le Soleil, entrant dans le
bain, enlève tout d'abord sa robe dorée. Pour la
même raison
que l'aigle est parmi les oiseaux, le lion parmi les bêtes,
le
saumon parmi les poissons, le Soleil parmi les planètes, cet
or
est parmi les métaux. En lui sont les teintures rouge et
blanche, car il teint, transforme et illumine tous les corps. En
effet, l'or est conçu à partir de la substance du
plus subtil
Mercure vivant, et à partir de Soufre pur, rouge,
fixé et
autonettoyé, teintant, et contenant en soi l'âme,
qui est
nommée la forme de l'or, et par certains Sages le Ferment
des
Philosophes. Par sa chaleur, cette âme de l'or
digère et teinte
sa substance, et lui confère sa forme, de sorte que par sa
médiation le jour commence à se lever. Corrompre
l'or, le
dissoudre et le volatiliser tout en préservant sa forme, tel
est
notre grand objectif, ainsi que notre grand labeur.
Le
Soleil, ceint d'un arc-en-ciel rouge, brille parmi les
nuages, et un Lion Vert mord le Soleil au visage, de sorte que le
sang coule. Un vieil homme tient dans sa main un urinal dans
lequel se trouve de l'eau rouge; et dans celle-ci un homme
ailé
s'y tient debout jusqu'au nombril.

Hors
de l'urinal s'envole un Dragon Vert, mordant au visage le
Soleil. Comme il se tient sur un rocher en compagnie de la Lune,
cela fait que le sang s'écoule au-dessous du dragon et dans
l'urinal. Sous le noir rocher se trouve un Dragon Vert à la
queue tranchée, et il est en train de ronger ses propres
ailes.
CHAPITRE HUITIÈME
De la Préparation de
la Terre,
ou Lune des Sages.
Lorsque
l'âme de l'or a été
séparée de son corps, ou
lorsque le corps, pour le dire autrement, a été
dissous, le
corps de la Lune doit être abreuvé de son propre
menstrue, et
réverbéré, l'opération
étant répétée aussi souvent
qu'il
est nécessaire, i.e., jusqu'à
ce que le corps devienne
subtil, résous, pur, dissous, coagulé. Ceci se
réalise non à
l'aide du feu commun mais à l'aide de celui des Sages, et
à la
fin vous devez clairement percevoir que rien ne demeure non
dissous. Car à moins que la Lune ou Terre soit correctement
préparée et entièrement
vidée de son âme, elle ne sera pas
apte à recevoir la Semence Solaire; mais plus la terre sera
parfaitement purifiée de ses impuretés et de sa
terrestréité,
plus vigoureuse sera-t-elle dans la fixation de son ferment.
Cette terre ou Lune des Sages est le tronc sur lequel la branche
solaire des Sages est greffée. Cette terre, avec son eau, se
putréfie et est purifiée; car la chaleur,
agissant sur une
substance sèche, provoque la blancheur. L'Azoth et le feu
lavent
le Laton, ou la terre, et lui retirent son opacité.
Un feu
est disposé sous le Soleil, qui brûle, et beaucoup
de
fumée s'élève. Un vieil homme tient
dans ses mains un urinal,
à l'intérieur duquel se trouve la Lune
couchée sur le dos dans
de l'eau noirâtre.

Hors
du vase s'envole un Dragon vert, qui dans sa bouche tient
la Lune par le nombril, et disposant ses pattes antérieures
sur
un rocher noir. Au-dessous gît sur le dos un Dragon vert,
mort.
CHAPITRE NEUVIÈME
La Conjonction du Soleil et de
la Lune.
Les
anciens philosophes ont énuméré
plusieurs types de
conjonction, mais afin d'éviter une vaine
prolixité je dirai,
sur la foi du témoignage de Marsile Ficin, que la
conjonction
est l'union de qualités distinctes ou une
équation de
principes, à savoir, le Mercure et le Soufre, le Soleil et
la
Lune, l'agent et le patient, la matière et la forme. Lorsque
la
terre vierge, ou féminine, est totalement
purifiée et purgée
de toute superfluité, vous devez lui fournir un
époux adéquat;
car lorsque le mâle et la femelle sont conjoints au moyen du
sperme, une génération peut survenir dans le
menstrue. La
substance du Mercure est connue des Sages comme la terre et
matière dans laquelle le Soufre de la Nature est
semé, qu'il
s'y puisse putréfier, la terre étant sa matrice.
Ici, la
semence femelle attend celle du mâle, grâce
à laquelle ils
s'unissent inséparablement, l'une étant chaude et
sèche, et
l'autre froide et humide; la chaleur et la sécheresse du
mâle
sont tempérées par la froideur et
l'humidité de la femelle,
et, en temps voulu, la matière prendra une forme
spécifique.
Car toute action tend à la production d'une forme,
étant de
fait un principe efficient.
OPPOSITION
Un
Soleil très rouge verse du sang dans un urinal. Un vieil
homme transvase le contenu d'un second urinal, à savoir du
sang
ainsi qu'un enfant ailé, dans un troisième qui
repose sur de la
paille et contient la Lune couchée sur le dos dans de l'eau
noirâtre.

Près
du Soleil une cruche verse des rayons blancs, ou des
gouttes, dans un urinal. Sur la colline se tient un Phénix,
mordant sa poitrine d'où tombe du sang goutte à
goutte, ce
dernier étant bu par son petit. Au-dessous du rocher, un
cultivateur ensemence son champ.
CHAPITRE DIXIÈME
De la Noirceur ou
Tête du Corbeau
grâce à laquelle peut se produire
la Copulation du Soleil et de la Lune.
La
seconde conjonction en concerne trois, à savoir le corps,
l'âme et l'esprit; et ces trois nous devons les rendre un.
Car
de même que l'âme opère le lien avec
l'esprit, le corps doit
lui aussi se joindre à l'âme, ce qui ne peut
être fait
qu'après la putréfaction; car rien ne saurait
être
perfectionné si sa forme n'est auparavant totalement
détruite.
Les signes en sont une couleur noire et une odeur fétide.
Car la
chaleur, agissant sur l'humidité, produit la noirceur, qui
est
le signe du parfait mélange de la substance avec une forme
spécifique. Car solution et putréfaction
débutent par une
odeur fétide, et le processus se développe
graduellement, et
c'est pourquoi l'on dit que la Tête du Corbeau est un poison
mortel. L'odeur est plus intellectuellement que voluptueusement
perceptible. La noirceur doit précéder la
blancheur. Car la
putréfaction commence par la solution mais ne
s'achève pas là.
La seconde solution de la pierre plus parfaite encore est
meilleure que la première, car plus elle se
développe, plus la
pierre est rendue subtile. Tout notre magistère repose donc
sur
la putréfaction; car rien ne saurait se produire si la
putréfaction n'avait pas lieu.

Un
vieil homme se tient près du fourneau, un livre à
la
main.
Un
Soleil noir dans le vase.
Derrière
le fourneau se trouve un champ d'orge vert sortant
de terre.
Le
Pavé sur lequel repose le fourneau est noir.
CHAPITRE ONZIÈME
De la Queue du Paon
Notre
substance, d'après les Sages, possède une
tête rouge,
des pieds blancs, et des yeux noirs. Le début de notre
oeuvre
est le Corbeau Noir qui, comme toutes choses devant croître
et
recevoir la vie, doit tout d'abord se putréfier. Car la
putréfaction est une nécessaire condition de la
solution, de
même que la solution est indispensable à la
naissance et la
régénération. Cette
putréfaction n'est pas impure, mais est
une commixtion, dans leurs plus petites parties, de la terre avec
l'eau, et de l'eau avec la terre, jusqu'à ce que l'ensemble
du
corps devienne un. Le mâle rouge doit être
digéré dans
l'union à sa blanche épouse, jusqu'à
ce que tous deux
deviennent secs - car autrement on ne verrait pas apparaître
de
couleurs. Lorsque le principe sec agit sur l'humide, des fleurs
de toutes les couleurs de la Queue d'un Paon commencent à
pousser dans le vase du Sage. Parfois, le vase semblera
intérieurement couvert d'or, ce qui est un signe de l'action
de
la semence mâle, ou Soufre, sur le menstrue femelle, ou
Mercure,
l'un se mélangeant avec l'autre comme résultante
de leur
conflit. L'humidité s'asséchant graduellement,
ces couleurs
changeantes laissent place à une blancheur stable.

Un
vieil homme se tient près du fourneau, les deux tours sont
ouvertes, l'urinal change constamment de couleur; derrière
le
fourneau l'orge donne des épis.
CHAPITRE DOUZIÈME
De la Teinture Blanche.
Ayant
traité de la matière, du mode
opératoire, et du
régime du feu, je vais maintenant procéder
à la description de
la composition de la Pierre blanche et de la Pierre rouge. La
noirceur devient très lentement blancheur;
l'opération doit
être graduelle, car un feu ardent pourrait faire
éclater le
vase, et gâcher notre oeuvre. Comme le Mercure devient blanc,
notre Soufre blanc devient incombustible, contenant le poison,
dont la blancheur est semblable à celle de
l'albâtre. Tout le
magistère a lieu dans un seul vase, et avec un seul feu,
à
savoir le sec et humide feu élémentaire de la
matière,
jusqu'à ce que tout soit dissous encore et encore, et
coagulé
et épaissi en une masse d'une claire couleur blanche comme
neige
qui, une fois refroidie, devient comme de la gomme dure. Cette
décoction doit toutefois être poursuivie
jusqu'à ce que
l'Aigle soit revivifié (ou vitrifié), et devienne
une pierre
cristalline qui réduit, teint et coagule le Mercure et
autres
métaux imparfaits en pur argent. Cette teinture blanche, ou
élixir, est également nommée lait de
la Vierge, eau éternelle
et eau de vie, car elle est aussi brillante que le marbre blanc;
elle est aussi nommée Reine Blanche, qui, par augmentation
du
feu, devient le Puissant Roi, le blanc se transformant en jaune
et safran, pour enfin donner une couleur rubis foncé.

Un Roi
blanc siège sur le trône, à ses pieds
se trouvent à
genoux la Lune et les cinq planètes. Tout à
côté il y a un
champ où mûrissent de jaunes épis
d'orge. Derrière le
fourneau, l'on voit un vieil homme inspectant les charbons, et
dans l'urinal se tient la Lune pleine.
CHAPITRE TREIZIÈME
Du Parfait Élixir
Rouge.
Xiphilinus
et les autres philosophes reconnaissent que la
couleur blanche doive précéder la rouge. De
même que tu ne
peux obtenir de couleur rouge si la substance n'a pas d'abord
été blanche, le noir ne peut devenir orange avant
d'avoir tout
d'abord été blanc. De la même
manière, le Rosaire affirme que
rien ne peut devenir or qui n'ait auparavant été
argent Celui
qui sait comment convertir l'or en argent sait également
convertir l'argent en or. L'or, pour devenir argent, doit tout
d'abord être corrompu et rendu noir, et il n'existe aucune
méthode permettant de le rendre jaune sans passer par le
blanc;
de la même manière, le blanc doit devenir rouge en
passant par
le jaune. La chaleur, agissant sur l'humidité, provoque la
noirceur; agissant sur la sécheresse,
spécialement si cette
action est scrupuleusement et sans cesse poursuivie, suscite le
développement d'une authentique blancheur; du blanc surgit
le
jaune, et du jaune une permanente et teintante couleur rubis.
Un
vieil homme en tunique se tient près d'un fourneau, dont
une tour est ouverte, et dans l'urinal de l'autre nous voyons un
Soleil pourpre.

Un Roi
semblable à un Pontife, vêtu d'une robe pourpre,
siège sur le trône, et à ses pieds
s'agenouillent Soleil et
Lune, ainsi que les cinq planètes. Derrière le
Roi se tient un
vieil homme, tête nue.

Les
Cercles sont: 1, Noir; 2, Bleu; 3, Rouge; 4, Doré; 5,
Vermeil; 6, Blanc; 7, Argentin, avec le signe de la Lune.

Le
Cercle est noir, blanc, bleu, rouge, jaune, fauve, bleu;
dans la Croix se trouvent le Soleil et la Lune. Le Cercle
inférieur est bleu, et contient un quadrangle de rouge,
bleu,
noir, et blanc. Le triangle est noir, bleu, et rouge, et en son
centre sont le Soleil et la Lune.

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